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Abdou Latifou, de la liberté rêvée aux États-Unis à l'errance africaine
« J'entre dans un monde où je suis libre de vivre comme je suis », pensait ce Togolais après avoir obtenu une protection aux États-Unis. Quelques mois plus tard, une expulsion vers Freetown l'a jeté sur les routes du Togo jusqu'en Côte d'Ivoire
 

(AfriquesPlus) - Il a cru que le cauchemar était fini. En novembre dernier, un juge de l'immigration américain a décidé qu'Abdou Latifou ne pouvait pas être renvoyé au Togo sans danger. Deux ans plus tôt, une foule l'y avait frappé et menacé de mort, après l'avoir vu embrasser l'homme qu'il aimait. Ce jour-là, il s'est dit : « J'entre dans un monde où je suis libre de vivre comme je suis. »

Ce répit a duré sept mois. Son parcours est retracé par Robbie Corey-Boulet, Kristina Cooke, Ngouda Dione et Loucoumane Coulibaly dans une enquête publiée par Reuters le 5 octobre 2026.

En juin, Abdou Latifou a été embarqué de force dans un avion d'expulsion. La justice avait interdit son renvoi au Togo, mais pas vers un autre pays. Il a donc été envoyé en Sierra Leone, où les relations entre hommes peuvent être punies de la prison à vie.

Il y a passé deux semaines enfermé dans un hôtel sous surveillance policière. Puis des gardes l'ont fait monter dans un avion pour le Togo, le pays qu'il avait fui. Il est arrivé avec quelques vêtements et 100 dollars en poche. Il est allé voir sa mère dans son village, mais un proche l'a vite prévenu qu'il n'y était pas en sécurité et l'a aidé à passer au Bénin. Il vit aujourd'hui en Côte d'Ivoire, chez un ami. Il y travaille comme agent de sécurité et évite la communauté togolaise, « pour ne pas être reconnu ».

Son cas n'est pas isolé. Reuters a recensé 40 migrants qui avaient obtenu une protection aux États-Unis après avoir été persécutés en raison de leur orientation sexuelle, et qui ont été expulsés vers des pays africains qui criminalisent l'homosexualité ou sont jugés hostiles aux personnes LGBT. Seize d'entre eux ont, comme lui, été renvoyés de force dans leur pays d'origine, et neuf se cachent ailleurs. Ces renvois s'inscrivent dans une politique massive. Plus de 40 000 personnes ont en effet été expulsées vers des pays tiers depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

Pour Claire Trickler-McNulty, ancienne haute responsable de l'immigration américaine, envoyer ces personnes face à la persécution même que Washington a reconnue « tourne en dérision nos systèmes de protection ». Le département de la Sécurité intérieure parle au contraire d'un « outil essentiel de sécurité publique ». Il précise qu'une fois une personne sortie de la garde de la police de l'immigration, celle-ci n'en est plus responsable.

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