(AfriquesPlus) - Premier président du Conseil constitutionnel camerounais, Clément Atangana est décédé le 4 octobre 2026 à Paris, à 85 ans. Sa disparition, qui laisse deux sièges vacants au sein de l'institution, suscite un débat sur son bilan et sur l'indépendance de la juridiction.
Il était l'une des figures les plus visibles du système judiciaire camerounais. Clément Atangana s'est éteint dans un hôpital parisien, huit ans après sa nomination à la tête du Conseil constitutionnel par le président Paul Biya, en février 2018. C'est ce que rappelle l'émission « Décrypter l'Afrique », diffusée sur YouTube, qui a consacré un numéro à son héritage avec deux invités : le journaliste et analyste politique Abdelaziz Moundé et Benjamin Ngongang, vice-président du parti MP3.
Selon Abdelaziz Moundé, Clément Atangana est entré dans la magistrature en 1968. Il a présidé plusieurs juridictions, exercé comme procureur dans l'Extrême-Nord, dirigé la Cour d'appel du Centre, puis siégé à la Cour suprême, où il a présidé la chambre administrative. Parti à la retraite en 2014, il a été rappelé quatre ans plus tard pour diriger le Conseil constitutionnel, institution prévue par la Constitution de 1996 mais dont les textes d'organisation n'ont été publiés qu'en 2004 et 2012.
Le Conseil contrôle la constitutionnalité des lois et des traités, veille au bon fonctionnement des institutions et tranche les contentieux électoraux. Sous la présidence d'Atangana, il a eu à traiter deux litiges présidentiels majeurs, en 2018 et en 2025. Ses décisions rejetant les recours de l'opposition resteront associées au mot « irrecevable ».
Benjamin Ngongang n'a pas ménagé le défunt. Pour le responsable du MP3, la disparition du magistrat est « certainement une perte pour sa famille », mais pas pour le pays : les Camerounais, dit-il en substance, ont poursuivi leurs activités sans manifester de peine particulière. Il y voit la preuve d'un homme qui a choisi de servir le pouvoir plutôt que la population.
Les deux invités ont rappelé des images devenues virales : celle d'un Clément Atangana exultant lors de sa nomination en 2018, puis celle, plus récente, où il apparaîtrait aux côtés de partisans du RDPC après la réélection de Paul Biya en 2025. M. Ngongang a également évoqué l'audience au terme de laquelle Maurice Kamto a été écarté de la présidentielle d'octobre 2025, estimant que le président du Conseil avait tranché « avant d'arriver dans la salle d'audience ».
Sur le fond, les deux intervenants divergent peu. Abdelaziz Moundé souligne que, sur les onze membres du Conseil, trois, dont son président, sont désignés par le chef de l'État. Il rappelle aussi que le nom d'Atangana avait figuré sur une motion de soutien à la candidature de Paul Biya, émanant d'élites de son département d'origine. L'intéressé aurait fini par reconnaître sa présence à cette rencontre, tout en affirmant n'avoir pris aucune position.
Benjamin Ngongang estime pour sa part que le problème ne tient pas à la nature de l'institution, mais à la manière dont le pouvoir l'a organisée. Les négociateurs des années 1990, rappelle-t-il, souhaitaient une véritable Cour constitutionnelle, alors que le Conseil compte des personnalités choisies, dont certaines ont porté la carte du parti au pouvoir. Il décrit un système de clientélisme où des retraités rappelés aux affaires se sentent redevables envers celui qui les nomme, précisant que ce « clan » n'a rien d'ethnique.
Cette disparition intervient après celles, cette année, de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat, et de Cavaye Yéguié Djibril, ancien président de l'Assemblée nationale. Deux sièges sont désormais vacants au Conseil constitutionnel, alors que des élections législatives pourraient approcher. Les invités y voient le symptôme d'un pouvoir vieillissant, installé depuis plus de 43 ans, et dénoncent une gérontocratie dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 30 ans.