(AfriquesPlus) - Le Zimbabwe a produit en 2026 la plus grande récolte de tabac de son histoire. Selon The Economist, qui a publié son enquête le 4 octobre, des données officielles l’ont confirmé le mois dernier. À Mvurwi, à une centaine de kilomètres de Harare, les entrepôts débordaient de feuilles aux teintes automnales. Cette bonne nouvelle contraste avec l’image d’un pays associé aux terres saisies et aux champs en friche.
L’hebdomadaire britannique donne la parole à Lovemore Chiwa, petit exploitant installé sur une parcelle « A1 » près de Mvurwi. « Quand je suis arrivé ici, je n’avais rien entre les mains. Il m’a fallu mendier pour emprunter une houe », raconte-t-il. Il emploie aujourd’hui cinq femmes chargées de trier ses feuilles.
L’essor du tabac, relève The Economist, traduit l’adaptation de certains agriculteurs un quart de siècle après les saisies ordonnées par Robert Mugabe, qui visaient pour l’essentiel des exploitations appartenant à des Blancs. Parmi eux figure une nouvelle génération de fermiers blancs qui se sont associés, de façon « remarquable » selon le journal, aux bénéficiaires noirs de terres confisquées. Leur nombre, au moins 400, est à peu près égal, voire supérieur, à celui des fermiers blancs restés en place depuis 2000.
Le magazine rappelle que le pays comptait alors 4 750 exploitations commerciales blanches, qui concentraient l’essentiel des meilleures terres.
Ces partenariats répondent au déficit de savoir-faire et de financement qui a suivi la réforme. D’après l’hebdomadaire, environ 8 000 arrangements sont actifs. Le plus souvent, le titulaire d’une parcelle « A2 » prête sa terre en échange d’une part des revenus. Beaucoup de ces terres avaient été attribuées à des proches du pouvoir, à des « anciens combattants » et à des fonctionnaires, raillés comme des « fermiers du téléphone portable » sans expérience agricole.
Avant 2000, le Zimbabwe produisait assez de maïs et de soja pour ses besoins et exportait souvent ses surplus. Il dépend aujourd’hui des importations. Dans les années 2010, la production annuelle moyenne de maïs a été deux fois inférieure à celle des années 1990, souligne The Economist.
En 2020, le président Emmerson Mnangagwa a signé avec le Syndicat des fermiers commerciaux un accord prévoyant 3,5 milliards de dollars de compensation aux fermiers, en majorité blancs. Selon l’hebdomadaire, son gouvernement n’a pas payé, alors que ce redressement conditionnait le retour du pays dans le jeu diplomatique. Des responsables du Zanu-PF affirment que le chef de l’État espérait que des bailleurs l’aideraient à régler la facture.