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Comment Hegel a redessiné la carte raciale de l'Afrique au XIXe siècle
En 1837, le philosophe allemand affirmait que les habitants de l'Afrique du Nord n'étaient « pas à proprement parler des Africains ». Selon Faten Aggad, cette théorisation a directement inspiré la partition du continent qui perdure encore aujourd'hui
 

(AfriquesPlus) - Dans un texte publié le 15 décembre 2024 par The Republic Journal, l'analyste Faten Aggad part d'un souvenir précis : en 1972, à New York, le révolutionnaire bissau-guinéen Amílcar Cabral avait rejeté cette classification devant un public afro-américain, préférant dire « nous n'aimons pas cette division de l'Afrique ». 

Selon l'autrice, le terme « Afrique subsaharienne » lui-même n'est apparu qu'en 1938, popularisé par The Economist, quand la notion de deux Afrique distinctes existait déjà sous d'autres noms comme « Afrique noire », façonnée dès les années 1830 par une cartographie impériale qui traçait ses frontières au service des ambitions coloniales. 

Aggad s'appuie notamment sur le philosophe allemand Hegel, qui déplaçait dès 1837 la limite de l'Afrique du Nord plus au sud en affirmant que ses habitants n'étaient « pas à proprement parler des Africains » mais des « proches des Européens », ou sur l'administrateur colonial français Louis Faidherbe qui écrivait en 1889 qu'« au nord du Sahara, l'homme blanc [...] au sud du Sahara, l'homme noir ». Deux formulations que l'autrice présente comme les fondements intellectuels d'une hiérarchie raciale destinée, selon elle, à justifier tour à tour l'intégration de l'Afrique du Nord à l'Europe et la colonisation de l'Afrique de l'Ouest.

Aggad prolonge son analyse en évoquant ce qu'elle appelle, en reprenant un concept du chercheur Mohamed Amer Meziane, une véritable « invention de l'Afrique du Nord » comme région à part, renforcée après les indépendances par les idéologies panarabistes de certains dirigeants nord-africains, par l'appellation orientaliste « MENA » la rattachant au Moyen-Orient, ou encore par une lecture religieuse opposant un islam nord-africain à un prétendu « islam noir » jugé moins affirmé, alors que la majorité des musulmans du continent, rappelle-t-elle, vivent aujourd'hui hors de ses rivages septentrionaux. 

Elle observe que même la pensée panafricaniste et la Négritude, en construisant leur propre récit identitaire, ont involontairement contribué à figer cette coupure plutôt qu'à la dépasser. L'autrice conclut en appelant les Africains à cesser de subir des frontières, y compris institutionnelles, largement héritées de logiques extérieures, pour affirmer une géographie du continent qu'ils définiraient enfin eux-mêmes.

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