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Congo-Gabon, la justice française ravive une brouille diplomatique inattendue
Une note de 53 pages transmise par les avocats de l'État gabonais dans le dossier des biens mal acquis a provoqué un coup de froid avec son voisin. Brazzaville y voit un texte qui dépasse largement le rôle d'une simple partie civile
 

(AfriquesPlus) - Selon les informations rapportées par Georges Dougueli pour Jeune Afrique, publiées le 22 septembre, le parquet national financier de Paris vient de rendre son réquisitoire définitif dans le dossier dit des biens mal acquis (BMA), ouvert en 2010. Vingt-trois personnes sont mises en examen et 52 biens ont été saisis, pour une valeur estimée à plusieurs centaines de millions d'euros. Parmi les personnes visées figurent Yacine Queenie et Omar Denis Bongo Ondimba, héritiers du patrimoine de leur mère Édith Lucie Bongo, ainsi qu'Antoinette Sassou Nguesso, première dame du Congo, tous poursuivis notamment pour recel de détournement de fonds publics et corruption active. Le ministère public a justifié les poursuites en rappelant que les fonds concernés « appartiennent à la collectivité, qu'ils proviennent de la BEAC ou du Trésor gabonais ». Les mis en cause ont jusqu'au 30 septembre pour solliciter une procédure de plaider-coupable.

C'est une note de 53 pages transmise le 8 septembre par les avocats de l'État gabonais, partie civile dans la procédure, qui a mis le feu aux poudres. Le texte y réclame le renvoi des mis en cause devant le tribunal correctionnel et évoque une fortune de l'ancien président Omar Bongo « sans commune mesure avec ses revenus officiels ». Un avocat proche du dossier souligne auprès de JA, que Libreville va ainsi plus loin que le procureur lui-même : « si le Gabon avait voulu ménager ses voisins, il aurait déclaré que le réquisitoire suffit ». La formule sur la fortune d'Omar Bongo a par ailleurs été critiquée par son fils Ali Bongo, qui a appelé, depuis Paris le 19 septembre, au respect de la mémoire de son père. Le malaise est d'autant plus vif que le président Denis Sassou Nguesso avait rencontré son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en juillet, sans qu'il soit alors question de cette note.

Le Gabon reste à ce jour le seul des trois pays concernés, avec le Congo et la Guinée équatoriale, à s'être constitué partie civile, un statut obtenu dès 2023 à l'initiative d'Ali Bongo et que les nouvelles autorités ont choisi de conserver. Ce statut, ainsi que la demande gabonaise de geler les biens saisis jusqu'à leur restitution au « peuple gabonais », suscite l'incompréhension côté congolais, où l'on s'interroge sur la légitimité de cette partie civile à réclamer une confiscation. 

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