(AfriquesPlus) - Figure de la justice pour les victimes du génocide perpétré contre les Tutsi, Dafroza Gauthier s'est éteinte samedi 3 octobre 2026 à Rennes, des suites d'une maladie.
Avec son époux français Alain Gauthier, elle avait fait de la traque judiciaire des suspects du génocide installés en France l'œuvre d'une vie. Selon le portrait que lui consacre la chaîne YouTube d'IGIHE Français, leur engagement commence dès 1996 et se structure en 2001 avec la création du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).
Au sein de cette association, le couple a rassemblé témoignages et éléments de preuve à charge, ensuite versés à plusieurs procédures devant la justice française. Dafroza Gauthier y apportait sa maîtrise du kinyarwanda et sa connaissance du contexte rwandais, précieuses pour traduire et interpréter les pièces des dossiers.
Son combat était indissociable de son histoire familiale. Selon IGIHE Français, elle a perdu près de 80 proches pendant le génocide. Rentrée en France en février 1994 sur le conseil de sa mère, elle n'avait pas réussi à convaincre les siens de quitter le pays et ne les a jamais revus. « Aujourd'hui, on ne compte que des survivants, parce que les morts, il y en a eu tellement dans nos familles », confiait-elle.
Pour elle, les procès ne se limitaient pas à établir des responsabilités pénales, ils devaient aussi rendre leur identité aux victimes, en faisant connaître leurs noms et leurs parcours plutôt qu'en les réduisant à des chiffres, rapporte le média rwandais.
Le couple a contribué à plusieurs affaires emblématiques, dont celle visant Agathe Kanziga, veuve de l'ancien président Juvénal Habyarimana. Leur parcours a été retracé en 2023 dans le livre À la poursuite des génocidaires.