(AfriquesPlus) - Dans une enquête diffusée par Radio-Canada, les journalistes retracent le parcours de ces avoirs, de Genève à Singapour, puis jusqu'au Québec. Au cœur du dossier se trouve Franz Merceron, ministre des Finances sous Duvalier. Les fonds volés sous le régime ont été évalués à plus de 300 millions de dollars américains. Selon un rapport des autorités haïtiennes cité par l'émission, Merceron en aurait lui-même empoché plus de 10 millions. Nommé ambassadeur en Suisse et en France juste avant l'effondrement du régime en février 1986, il aurait pu, selon l'avocat spécialiste du recouvrement d'avoirs Martin Kenny, profiter de l'immunité diplomatique pour faire sortir l'argent. Merceron a toujours nié, qualifiant les accusations de « grotesques ».
Le tournant est survenu le 12 janvier 2010. Le jour même du séisme qui a fait plus de 280 000 morts en Haïti, la plus haute instance judiciaire suisse a ordonné que les avoirs bloqués de Duvalier lui soient remis, en raison du délai écoulé. Cette décision a provoqué l'indignation en Suisse et mené à l'adoption de la « loi Duvalier », en vigueur depuis 2011, qui permet de geler et de confisquer les avoirs d'origine illicite de personnes politiquement exposées. Les comptes de Merceron ont alors été bloqués, puis confisqués par la justice suisse en vue d'une restitution au peuple haïtien.
Mais une partie de la fortune a échappé aux autorités. Selon l'enquête, plus de 800 000 $ ont été déposés en 2016 dans le compte en fidéicommis d'un avocat de Chambly, après un passage par Singapour. L'avocat reconnaît dans une déclaration assermentée que ce transfert visait à éviter une saisie par la Suisse.
Pour Martin Kenny, de tels détournements ont un coût direct : ils vont « à l'encontre de la création d'écoles, d'hôpitaux » en Haïti. L'historien Franz Voltaire dénonce pour sa part « cette impunité, cette absence de justice », tout en rappelant que les descendants ne sont pas coupables des crimes de leurs parents, mais qu'on devrait pouvoir faire en sorte que ces bénéfices reviennent au pays.