(AfriquesPlus) - La politique America First a transformé la réponse américaine à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, selon une enquête de Reuters publiée le 6 octobre 2026 par Yasmeen Abutaleb, Simon Lewis, Ammu Kannampilly et Emma Farge. Visas refusés, citoyens bloqués à l’étranger, volontaires découragés... Washington a privilégié le contrôle des frontières à la lutte contre le virus, au risque d’affaiblir l’ensemble de la riposte.
En mai, lorsque le médecin américain Patrick LaRochelle réalise qu’il a été exposé au virus dans une ville minière congolaise, il s’attend à être rapatrié pour être soigné, comme lors d’une précédente épidémie en 2018. Au moins trois centres de bioconfinement américains avaient accepté de le traiter avec son collègue, Peter Stafford.
Mais la Maison-Blanche a donné une directive claire : aucun citoyen exposé ne rentrerait au pays. LaRochelle a été transféré vers une unité d’isolement à Prague, et Stafford vers l’hôpital berlinois de la Charité, où il a été soigné et a guéri.
« On dirait que tout est motivé par la peur et l’apparence, plutôt que par une véritable compréhension du risque médical », a déclaré LaRochelle à Reuters.
Washington a mis en place un camp de quarantaine de 50 lits sur une base aérienne au Kenya, et durci sa politique en juillet avec un ordre interdisant aux citoyens d’embarquer vers les États-Unis s’ils avaient séjourné au Congo dans les 21 jours précédents.
L’installation, dont la construction a coûté environ 70 millions de dollars, n’a abrité que sept personnes à ce jour, selon l'agence de presse. Ses tentes, ses conteneurs aménagés, le Wi-Fi Starlink et plus de 100 personnels attendent toujours.
« Ils ont voyagé autour du monde pour combattre Ebola et devraient être traités en héros », a déclaré Franklin Graham, président de Samaritan’s Purse, précisant que la part d’Américains dans les centres de traitement de son organisation au Congo est passée de 80% à 20%.
À Bunia, l’hôpital Centre Médical Évangélique est passé de six médecins américains à un seul, selon son directeur.
Le démantèlement de l’USAID et le retrait de l’OMS ont laissé des trous dans la chaîne d’approvisionnement en médicaments et équipements. Salim Abdool Karim, épidémiologiste sud-africain et président du comité d’urgence du CDC africain, en constate les effets sur le terrain : « Ils ont les mains liées parce qu’ils n’ont pas de gros moyens. »
La santé américaine, dirigée par Robert F. Kennedy Jr., a déployé peu de ressources contre le virus Bundibugyo. Selon le CDC américain, l’épidémie a confirmé 8 224 cas en 139 jours, contre 1 766 cas au même stade en Afrique de l’Ouest en 2014 et 543 cas au Congo en 2018. Plus de 4 000 personnes sont mortes, et l’agence a averti que le bilan pourrait dépasser les 11 308 décès de 2014 sans une réponse renforcée.
Le département d’État, qui conteste cette lecture, indique avoir consacré 780 millions de dollars à sa réponse Ebola, la plus importante contribution d’un pays tiers. « Protéger les Américains contre l’importation et combattre l’épidémie à la source sont deux éléments essentiels de notre réponse », a fait valoir une porte-parole à Reuters.
« Toutes les administrations précédentes ont rapatrié les citoyens américains pour surveillance et traitement médical, a rappelé Lawrence Gostin, de l’université Georgetown. Les citoyens américains ont le droit de rentrer chez eux. »
Pour une infirmière américaine de 31 ans restée 21 jours en quarantaine au Kenya, le calcul devient difficile. Benjamin Martin, dont la fille infirmière a été bloquée à Kinshasa, résume le ressenti : « Elle m’a littéralement dit : “J’ai l’impression d’être abandonnée par mon pays.” »