(AfriquesPlus) - À un an des élections générales de 2027, le recours à des groupes de jeunes pour perturber les rassemblements politiques et intimider les adversaires reste une préoccupation au Kenya. Dans un article publié le 22 septembre 2026 dans ISS Today, Guyo Chepe Turi, chargée de recherche à l’Institute for Security Studies (ISS) à Nairobi, examine les mécanismes de cette violence politique et les failles qui permettent sa persistance.
L’autrice s’appuie notamment sur l’attaque survenue en août lors d’un rassemblement de l’opposition à Homa Bay, dans l’ouest du pays, qui a fait deux morts, 46 blessés et plusieurs véhicules incendiés. Elle décrit un système de mobilisation de jeunes groupes violents par des acteurs politiques, souvent en échange d’argent, d’alcool ou d’autres avantages, afin de perturber des meetings, intimider des adversaires ou décourager la participation électorale.
Selon l’Electoral Vulnerability Index de la Kofi Annan Foundation, cité dans l’article, le Kenya présenterait une probabilité de 84 % de connaître des violences lors des élections de 2027. Parmi les facteurs identifiés figurent la compétition politique structurée autour des appartenances ethniques, la mobilisation de jeunes, les difficultés économiques et la gestion policière des manifestations.
Guyo Chepe Turi replace également ce phénomène dans une histoire plus longue. Le recours à des groupes organisés pour exercer la violence politique remonte, selon elle, à la période coloniale et s’est poursuivi après l’indépendance. Le Kenya a connu des violences lors de plusieurs scrutins depuis l’instauration du multipartisme en 1992, avec un point culminant lors des violences postélectorales de 2007-2008, qui avaient fait plus de 1 000 morts.
L’article souligne que ces pratiques n’ont pas disparu. Des groupes armés ont notamment été signalés lors des manifestations de 2024 liées au mouvement Gen Z, puis lors d’une réunion consacrée aux droits civiques à Nairobi en juin 2026 et d’une élection partielle en juillet. Pour l’autrice, l’impunité des responsables politiques soupçonnés de financer ou d’encourager ces violences constitue un facteur supplémentaire de risque.
Face à cette situation, Guyo Chepe Turi préconise notamment une meilleure cartographie des zones à risque, un renforcement de la sécurité lors des rassemblements politiques, le développement du renseignement et une application plus systématique de la loi. Elle appelle également à renforcer les programmes destinés aux jeunes, notamment dans les domaines du sport, du mentorat et de l’activité économique, afin de réduire leur vulnérabilité au recrutement par des groupes violents.