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L’« État de Judée », une fissure au cœur de l’État hébreu
À quelques jours des législatives du 27 octobre, selon Ilan Pappé, la montée d’un courant mêlant sionisme religieux et judaïsme orthodoxe oppose deux projets irréconciliables au sein de la société israélienne
 

(AfriquesPlus) - Les Israéliens voteront le 27 octobre pour renouveler leur Parlement. Dans Le Monde diplomatique d’octobre 2026, l’historien Ilan Pappé, professeur à l’université d’Exeter, estime que l’enjeu dépasse l’avenir de Benyamin Netanyahou. Il porte, écrit-il, sur la confirmation ou non de l’essor du sionisme religieux, courant qu’il juge partisan d’une annexion des territoires palestiniens et facteur d’une « polarisation extrême » de la société. Son texte est adapté de son livre La Chute d’Israël, publié ce mois-ci aux éditions La Fabrique.

Ilan Pappé distingue l’État d’Israël de ce qu’il nomme l’« État de Judée ». Il désigne ainsi un mouvement qui fusionne sionisme religieux et judaïsme orthodoxe et dont les partisans, affirme-t-il, veulent un État théocratique. Selon lui, ce projet vise un « Grand Israël » étendu à toute la Palestine historique. Il y voit « une fissure majeure » qui ronge les fondations du pays, tout en précisant qu’un éventuel effondrement ne se ferait pas en un jour.

L’historien situe le cœur idéologique de ce courant chez les colons religieux de Cisjordanie, pour beaucoup disciples des rabbins Kook, père et fils. Zvi Yehouda Kook (1891-1982) est présenté comme le père spirituel du mouvement Goush Emounim, qui aurait « judaïsé » la Cisjordanie et Gaza après 1967 et défendu la colonisation comme un impératif religieux.

Ilan Pappé rappelle que l’État de Judée a remporté les législatives de novembre 2022 et formé une coalition de soixante-quatre députés sur cent vingt. Sa première décision, en janvier 2023, a été de modifier le système judiciaire, en permettant au gouvernement de nommer les juges et en restreignant les pouvoirs de la Cour suprême. Cette réforme, écrit-il, a provoqué des manifestations de laïcs d’une ampleur sans précédent.

Il attribue un rôle déterminant à deux ministres, Itamar Ben-Gvir (sécurité nationale) et Bezalel Smotrich (finances), dans la phase actuelle d’attaques contre les Palestiniens de Cisjordanie, qui aurait fait plus de mille morts depuis octobre 2023.

Pour l’auteur, le bras de fer oppose deux projets antagonistes. Il parle d’un « combat existentiel », d’une « lutte à mort autour de la vocation même de cet État fondé en 1948 ». Seule la crainte d’une disparition d’Israël retient, selon lui, les deux camps de se désolidariser. Il estime que l’élite technologique et financière, qui assure la prospérité du pays, appartient majoritairement au camp laïque. Plus d’un demi-million de ses membres auraient émigré depuis le 7 octobre 2023, ce qui, avance-t-il, ouvre la voie à de nouveaux succès électoraux de l’État de Judée.

Ilan Pappé juge les institutions du pays déjà affaiblies bien avant 2023. Il cite l’incendie du mont Carmel, en décembre 2010, qui a tué quarante-quatre personnes et contraint Israël à solliciter l’aide étrangère. Il évoque aussi la bousculade du mont Méron, en avril 2021, qui a fait quarante-cinq morts. 

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