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La mue politique de l'opposition érythréenne en exil
Depuis un entrepôt du sud de Tel-Aviv jusqu'à Addis-Abeba, la Brigade Nhamedu affirme vouloir hâter la chute du régime d'Isaias Afwerki
 

(AfriquesPlus) - Rassemblée dans un entrepôt du sud de Tel-Aviv comme dans des dizaines d'autres hubs à travers le monde, une communauté de réfugiés se structure en mouvement politique pour préparer un retour organisé au pays. Selon un reportage de Ran Shimoni publié dans Haaretz le 20 septembre 2026, cette opposition érythréenne revendique déjà des dizaines de milliers de partisans et un début de reconnaissance diplomatique internationale.

Le pays est dirigé sans discontinuer depuis 1993 par Isaias Afwerki, ancien chef de la lutte pour l'indépendance devenu autocrate ; aucune élection nationale n'y a jamais été organisée, la Constitution n'a jamais été appliquée et la presse indépendante y a été éradiquée. Les jeunes y sont enrôlés dès 14 ans pour un service militaire sans durée limite. Face à cette réalité, un mouvement baptisé Brigade Nhamedu a émergé depuis 2022, structuré autour de responsables des finances, de la diplomatie et de l'organisation militaire. 

Le mois dernier, quelque 1 300 membres de la communauté érythréenne ont participé, à Nes Tziona, à l'une des dix-sept élections tenues simultanément dans le monde pour désigner un conseil international de 51 représentants, qui se réunit depuis chaque semaine. À sa tête, Beyene Gerezgiher, exilé depuis 2012 après avoir été victime de trafic d'êtres humains en Libye, dirige désormais le mouvement depuis Addis-Abeba, où l'Éthiopie l'accueille ouvertement selon le centre de recherche International Crisis Group. « Derrière nous se trouvent des masses de gens prêts à se battre pour leur pays », affirme-t-il.

Cette mobilisation s'enracine dans des trajectoires individuelles marquées par la séparation familiale et la répression. Atakliti Abraham Michael, arrivé en Israël en 2011, n'a plus revu ses trois enfants restés en Érythrée, dont l'un a été emprisonné puis contraint à l'exil. 

En Israël même, l'affrontement entre partisans et opposants du régime a viré à la violence dès septembre 2023, faisant depuis au moins neuf morts selon un rapport de l'ONU de mai 2025. Depuis Washington, le responsable financier du mouvement, Dawit Teferi, multiplie les rencontres avec des élus américains, misant sur l'intérêt stratégique des États-Unis, d'Israël et des pays du Golfe pour la région de la mer Rouge. 

Pour Mulue Sultan, membre du conseil installé en Israël depuis 2008, le retour reste l'objectif ultime : « Personne ne veut être réfugié pour toujours, tout le monde veut rentrer chez soi. » Gerezgiher, lui, se dit prêt à agir : « Nous sommes prêts pour le bon moment, et je pense que nous en sommes proches. »

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