(AfriquePlus) - En République démocratique du Congo, la question d'un éventuel troisième mandat présidentiel s'impose progressivement dans le débat public, sans jamais avoir été formellement assumée par l'intéressé. Selon le journaliste François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, interrogé sur RFI dimanche 23 août, Félix Tshisekedi n'a pas annoncé son intention de se représenter en 2028, mais personne ne doute de son envie de le faire, des signaux répétés ayant été envoyés en ce sens par son entourage politique. Le chef de l'État estimerait par ailleurs que le conflit dans l'est du pays l'a jusqu'ici empêché de déployer pleinement son action.
Or la Constitution actuelle limite explicitement le nombre de mandats présidentiels à deux. La voie qui se dessine pour contourner cet obstacle passerait par l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale soumise à référendum, sur le modèle déjà observé ailleurs sur le continent. La loi référendaire, votée en juin par les deux chambres du Parlement avant un second examen, en constituerait la première étape.
C'est dans ce contexte que Félix Tshisekedi a annoncé, le 17 juillet dernier, la tenue prochaine d'un dialogue national avec l'opposition. D'après François Soudan, le camp présidentiel y voit un moyen d'apaiser les tensions face à une opposition mobilisée, de temporiser, de tenir compte des recommandations des médiateurs régionaux, et potentiellement d'ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle. L'opposition, à l'inverse, conditionne sa participation à l'abandon pur et simple de ce projet de révision, qu'elle perçoit comme un tremplin vers un troisième mandat. Un autre différend porte sur l'éventuelle participation des rebelles de l'AFC-M23 et des kabilistes, réclamée par l'opposition mais exclue par la présidence. Des discussions se poursuivraient encore avec les représentants des Églises sur le format et la liste des participants, sans garantie de succès tant les positions des deux camps demeurent éloignées.
L'analyste établit un parallèle avec la période 2015-2018, lorsque Joseph Kabila avait tenté de s'octroyer un troisième mandat avant d'y renoncer sous la pression de la rue kinoise et de la communauté internationale. Mais la comparaison trouverait vite ses limites : l'UDPS, alors fer de lance de la contestation, est aujourd'hui au pouvoir, tandis que l'opposition actuelle, regroupée au sein de la coalition C64, peinerait à mobiliser et à résister aux capacités répressives du régime. Une mobilisation est prévue le 15 septembre, dont l'ampleur sera scrutée de près.
Selon François Soudan, l'opposition ne maîtrise pas le calendrier politique, celui-ci étant dicté par la présidence. Le contexte international aurait par ailleurs évolué depuis dix ans : Félix Tshisekedi serait convaincu de bénéficier du soutien de Donald Trump pour un éventuel troisième mandat. Le rapport de force lui semblerait ainsi favorable, même si rien n'est encore joué pour les années à venir.