(AfriquesPlus) - Produire du pétrole ne suffit pas à remplir les stations-service. Alors que les perturbations du marché pétrolier mondial autour du détroit d'Ormuz se répercutent sur le continent, plusieurs pays africains pourtant producteurs d'or noir font face à des pénuries de carburant.
Dans une analyse diffusée par TV5 Monde, le journaliste Antoine Delpierre résume la situation en deux éléments : le raffinage et le chiffre de 70 %. Selon lui, c'est la part des produits pétroliers raffinés consommés en Afrique qui provient de l'étranger. Le continent compte pourtant de grands pays producteurs, comme le Nigeria, la Libye, l'Angola ou l'Algérie, mais il ne dispose pas de suffisamment de raffineries, locales ou régionales, pour transformer son pétrole en carburant. Cette dépendance pèse à la fois sur les prix, sur l'approvisionnement et sur la disponibilité des produits.
Le cas du Gabon illustre ce décalage. Selon le reportage de TV5 Monde, le pays produit du pétrole en quantité, mais subit de plein fouet la crise liée à Ormuz. Les carburants y sont plus rares, plus chers et plus difficiles à importer, et sa seule raffinerie, celle de Port-Gentil, ne suffit pas à compenser.
La Côte d'Ivoire offre un contraste saisissant. Elle produit relativement peu de pétrole, mais son marché des carburants reste stable et elle ne connaît pas de pénurie pour l'instant, indique Antoine Delpierre.
Pour Charles Tié, directeur Afrique du groupe de négoce BGN, spécialisé dans les produits pétroliers, l'explication est d'abord logistique. Interrogé par TV5 Monde, il affirme que la taille d'une raffinerie doit être en adéquation avec celle du marché qu'elle dessert. Au Gabon, estime-t-il, l'outil de raffinage est de bien plus petite taille face à un marché qui grandit, ce qui le limite très vite. Il décrit le même problème dans les deux Congo, où la logistique n'a suivi ni en matière de raffinage ni en matière de stockage.
Antoine Delpierre rattache cette situation à ce que les économistes appellent le paradoxe de l'abondance : les seuls revenus du pétrole ne compensent pas le manque d'investissement dans sa transformation. Il cite, dans son analyse pour TV5 Monde, les projets qui se développent pour y répondre, dont celui du Nigérian Dangote, avec ses méga-raffineries et son objectif d'autosuffisance pour le continent.