(AfriquesPlus) - Kigali ouvre de nouveau la porte à l'externalisation de la politique d'asile européenne. À la suite d'échanges avec des officiels rwandais, deux députées du Parlement européen, Tineke Strik (Verts/ALE) et Anna Strolenberg (Volt), ont confirmé que le Rwanda mène des concertations préliminaires avec des capitales de l'UE, rapporte Amina Ismail pour Reuters le 30 septembre 2026. Si les autorités locales se disent prêtes à examiner le principe, aucun compromis n'a encore été formalisé.
Ces discussions font écho aux ambitions de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Grèce, du Danemark et des Pays-Bas. Fédéré au sein du « Groupe des Cinq », ce bloc cherche activement à conclure des partenariats pour expulser les migrants sans statut légal vers des « return hubs » en dehors du sol communautaire. Bien qu'aucun pays hôte n'ait été officiellement désigné par ces gouvernements, un cadre de l'UE a confié anonymement à l'agence de presse britannique que le Rwanda figurait parmi les pistes prioritaires. Lors de leur mission à Kigali, les deux élues ont d'ailleurs inspecté deux sites — dont un complexe hôtelier — initialement aménagés lors du projet britannique avorté.
Habitué à ces transactions après avoir accueilli des ressortissants refoulés des États-Unis via un accord portant sur 250 personnes, le pouvoir rwandais s'attire l'ire des ONG humanitaires. Jugeant que cette approche démantèle les protections fondamentales des exilés, Tineke Strik a dénoncé une politique « irréaliste, inhumaine et coûteux ».
Sur le terrain, la diminution des financements humanitaires américains contraint déjà les organisations d'aide à réduire les rations et les soins médicaux aux réfugiés. « L’Ouganda et le Rwanda font partie des rares pays stables de la région. Faire pression sur ces pays en y envoyant encore plus de monde, c'est tenter le diable », alerte Anna Strolenberg.