(AfriquesPlus) - Maghreb Insider, spécialisé dans l’actualité du Maghreb et du Sahel, analyse dans un article publié ce 28 septembre 2026 les tensions entre le Maroc et l’Espagne. Bruce Maddy, contributeur du média sur les questions de politique et d’identité au Maghreb, examine les conséquences du rapprochement entre Rabat et Washington sur les relations entre les deux pays voisins.
Selon l’auteur, le soutien des États-Unis à la proposition marocaine d’autonomie du Sahara occidental, réaffirmé en août 2026, renforce les marges de manœuvre diplomatiques du royaume. Cette position s’inscrit dans une relation stratégique ancienne entre Washington et Rabat, marquée notamment par la coopération antiterroriste et les accords de normalisation entre le Maroc et Israël en 2020.
La question migratoire constitue un autre point de tension. Le 30 juillet, un afflux massif de personnes vers Ceuta a mis à l’épreuve les capacités d’accueil espagnoles et souligné la dépendance de Madrid à l’égard du contrôle des frontières marocaines. L’article rapporte que le Comité économique et social européen a fait état de plus de 80 000 entrées et de plus de 140 décès liés à cet épisode, chiffres qui nécessiteraient une vérification au regard de leur ampleur. Des analystes évoquent une possible utilisation des flux migratoires comme moyen de pression dans le différend sur le Sahara occidental. Toutefois, le texte précise que ces éléments ne suffisent pas à démontrer que les autorités marocaines ont organisé les passages.
L’épisode rappelle la crise de mai 2021, lorsque plusieurs milliers de migrants avaient franchi la frontière de Ceuta après un relâchement de la surveillance marocaine, dans un contexte de tensions diplomatiques liées à l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali. La journaliste Sonia Moreno, citée dans l’article, souligne néanmoins les différences entre les deux épisodes et évoque également le chômage des jeunes et les difficultés sociales au Maroc, susceptibles d’alimenter les départs.
Face à la crise de juillet, le gouvernement espagnol a annoncé 250 millions d’euros d’investissements dans les infrastructures de Ceuta et ouvert des installations portuaires pouvant accueillir jusqu’à 1 700 personnes. Madrid a parallèlement demandé des explications à Rabat et réaffirmé son refus de négocier une souveraineté partagée sur Ceuta et Melilla. De son côté, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a assuré son homologue espagnol, José Manuel Albares, de la coopération du Maroc pour accélérer le retour des migrants encore présents à Ceuta.
Pour Bruce Maddy, cette situation révèle une contradiction stratégique : l’Espagne a besoin de la coopération marocaine pour maîtriser les flux migratoires, tandis que Rabat dispose d’un levier diplomatique dans les relations bilatérales. Mais, comme le souligne l’analyse, une instrumentalisation éventuelle de la migration risquerait d’éroder la confiance entre deux partenaires étroitement liés par leurs échanges économiques et leurs impératifs de sécurité. La question du Sahara occidental demeure ainsi au cœur des tensions, malgré la poursuite de la coopération opérationnelle entre les deux pays.