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Le virus invisible, un livre choc sur la manipulation de l'info en Afrique
Ancienne figure du 20 heures international, Dominique Tchimbakala a choisi de disséquer les mécanismes de la désinformation qui gangrène les sociétés africaines. Dans un entretien accordé à TV5 Monde, elle explique pourquoi ce fléau, selon elle, peut tuer
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=fT5IkQDUu_E

(AfriquesPlus) - Journaliste franco-congolaise, longtemps présentatrice du « Journal Afrique » sur TV5 Monde, Dominique Tchimbakala vient de publier « Le virus invisible, essai sur la désinformation en Afrique » aux éditions Riveneuve. Reçue récemment sur le plateau de la chaîne, elle est revenue sur les origines de ce projet et sur les ressorts d'un phénomène qu'elle juge de plus en plus difficile à endiguer.

C'est un épisode précis qui a mis le feu aux poudres. En 2023, alors qu'elle couvrait la présidentielle congolaise pour TV5 Monde, la journaliste s'est vu reprocher, par un habitant de Kinshasa, de « désinformer les Africains ». À cela se sont ajoutés des appels de proches évoquant un supposé « journalisme patriotique », un vocabulaire qu'elle décrit comme confus et récupéré à toutes les sauces. Face à une défiance grandissante envers la profession, elle a jugé nécessaire de nommer précisément le phénomène avant de pouvoir le combattre.

Pour l'expliquer, l'autrice file la métaphore de l'épidémie. La désinformation s'introduirait dans l'organisme social via nos téléphones, y séjournerait le temps d'une « incubation » qui joue sur nos biais cognitifs, avant de muter et de se propager à grande échelle, amplifiée par l'intelligence artificielle et les réseaux sociaux. Si l'« immunité informationnelle » – faite de doute raisonnable et d'esprit critique – fait défaut, l'agent pathogène peut submerger tout le corps social. D'où le titre de son ouvrage, et sa formule selon laquelle « la désinformation tue ».

Interrogée sur la sophistication croissante des fausses informations, Dominique Tchimbakala note que les contenus fabriqués imitent désormais à s'y méprendre de véritables productions journalistiques, jusqu'à usurper le label de médias reconnus. Photos sorties de leur contexte, deepfakes capables de recréer un visage ou une voix : les outils de manipulation se raffinent, rendant la détection plus ardue pour un œil non averti.

Elle pointe en particulier le rôle de messageries comme WhatsApp ou Telegram, particulièrement puissantes sur le continent. Fonctionnant en cercles fermés entre proches, elles bénéficient d'un capital de confiance que n'ont pas les plateformes ouvertes, tout en consommant très peu de données, un critère décisif dans un contexte où l'accès à internet reste coûteux.

Mais la journaliste ne dédouane pas sa propre profession. Elle appelle les médias traditionnels à s'interroger sur leurs propres manquements : manque de pluralité dans les sujets traités, nécessité de sortir d'une forme de « tour d'ivoire » pour expliquer au public la différence entre un journaliste, un communicant, un influenceur ou un militant. Elle plaide enfin pour un renforcement de l'éducation aux médias dès l'école, non seulement en français ou en anglais, mais aussi dans les langues nationales, la seule traque des fake news lui paraissant insuffisante pour endiguer le phénomène.

 

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