(AfriquesPlus) - Convertir une monnaie en dollars, puis ces dollars en yuan, et inversement : l’opération coûte du temps et de l’argent aux acteurs africains qui commercent avec la Chine. Pour y remédier, Pékin a ouvert en juin une chambre de compensation auprès de la banque sud-africaine Standard Bank, rapporte Alexis Bédu dans un sujet diffusé par RFI.
Baptisée Renminbi Clearing Bank of Africa, elle est opérée par la Standard Bank et la banque chinoise ICBC. Pour Hixen Iraki, économiste et enseignant à l’université de Nairobi, il était urgent de s’affranchir du dollar. Selon lui, ce mécanisme réduit les pertes, fluidifie les transactions et simplifie l’ensemble du système bancaire. Les opérations prennent moins de temps, et les acteurs sont moins exposés aux fluctuations et aux coûts de change.
Dix-neuf pays africains sont concernés, dont la République démocratique du Congo. Ses échanges commerciaux avec la Chine ont dépassé 19 milliards de dollars sur les sept premiers mois de l’année, indique RFI.
À Kinshasa, l’analyste économique Al-Ki Tengue y voit la possibilité de demander des paiements en yuan ou en dollars, selon les besoins. Cette concurrence entre monnaies, estime-t-il, entraînera une baisse des coûts, davantage de compétitivité et de souplesse. « La yuanisation n’est pas l’équivalent de la dollarisation, qui était un monopole », affirme-t-il, ajoutant qu’aucun pays n’acceptera plus aujourd’hui une forme d’exclusivité.
Le mouvement dépasse les seuls paiements commerciaux. Le Kenya a récemment converti en yuan trois prêts initialement libellés en dollars. En août, le Ghana a pour sa part mis en place son propre mécanisme d’accès au système chinois de paiement transfrontalier en yuan, qui doit permettre aux importateurs ghanéens et aux autres clients éligibles de régler certaines transactions directement dans la monnaie chinoise.
Hixen Iraki tempère l’enthousiasme. La Chine reste excédentaire dans ses échanges avec l’Afrique, puisqu’elle y exporte davantage qu’elle n’y importe. À long terme, le dispositif lui est donc avantageux. L’économiste espère que l’Afrique pourra aussi en tirer profit en augmentant ses exportations vers la Chine, notamment grâce à la réduction des droits de douane.