(Afriquesplus)- Au Liberia, les poursuites contre l’ancien ministre des Affaires étrangères Dee-Maxwell Saah Kemayah continuent de susciter la controverse. Le journaliste Rodney Sieh, fondateur et rédacteur en chef de FrontPageAfrica, dénonce ce qu’il considère comme une « chasse aux sorcières » visant l’ancien responsable du gouvernement de George Weah.
L’affaire porte sur la disparition présumée d’une importante quantité de riz donné au Liberia par l’Arabie saoudite pour venir en aide aux populations victimes de catastrophes. Selon les éléments rapportés dans le cadre de la procédure, 29 412 sacs de riz de 25 kg, évalués à environ 500 000 dollars, avaient été remis aux autorités libériennes en 2023.
Les procureurs affirment qu’environ 25 000 sacs, d’une valeur estimée à 425 918 dollars, n’auraient pas été distribués aux bénéficiaires prévus et auraient été détournés à des fins personnelles ou politiques. Dee-Maxwell Saah Kemayah et plusieurs autres anciens responsables de l’administration Weah sont poursuivis dans cette affaire. Ils font notamment face à des accusations de vol, de sabotage économique, de mauvaise utilisation de fonds publics, d’abus de fonction et de conspiration criminelle.
Rodney Sieh conteste toutefois la manière dont les poursuites sont menées. Sa position s’inscrit dans un débat plus large au Liberia sur le traitement judiciaire des anciens responsables de l’administration de George Weah et sur la politique anticorruption du gouvernement du président Joseph Boakai.
La défense de Kemayah soutient pour sa part que les poursuites doivent respecter strictement les garanties constitutionnelles, notamment le droit à un procès public et impartial devant un jury. Cette stratégie intervient alors que la justice libérienne est également confrontée aux suites d’une précédente affaire très médiatisée impliquant l’ancien ministre des Finances Samuel Tweah.
Les autorités, de leur côté, présentent le dossier comme une procédure judiciaire fondée sur les conclusions d’audits et d’enquêtes portant sur la gestion du riz offert par l’Arabie saoudite. Le gouvernement affirme vouloir renforcer la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion des ressources publiques.
Les personnes poursuivies bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’une décision judiciaire définitive n’a pas établi leur culpabilité. Le procès de Kemayah constitue ainsi un nouveau test pour les institutions judiciaires libériennes et pour la politique anticorruption engagée par l’administration Boakai.
Au-delà du cas de l’ancien chef de la diplomatie, l’affaire ravive le débat sur l’équilibre entre la lutte contre la corruption, la responsabilité des anciens dirigeants et les garanties d’un procès équitable au Liberia.