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L'Ouganda, nouvelle plaque tournante de l'or africain
Stabilité politique, raffinage et proximité de zones minières instables. Le pays s'est imposé comme un passage obligé du commerce aurifère dans la région. Au prix d'une traçabilité très contestée
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=m31KNt558nE

(AfriquesPlus) - Quarante ans de pouvoir pour Yoweri Museveni, aucun conflit sur son sol, et un métal jaune qui afflue de tous côtés. C'est cette stabilité qui explique, en partie, l'attractivité de Kampala pour le commerce de l'or. Dans un reportage diffusé par TV5 Monde, le journaliste Simon Rodier rappelle que l'or est devenu, ces dernières années, le premier produit d'exportation du pays. D'après la banque centrale ougandaise citée dans ce sujet, les ventes à l'étranger ont atteint 5,4 milliards de dollars en 2025, un record, et 800 millions de dollars pour le seul mois de juillet 2026.

Le paradoxe est dans la géographie. L'Ouganda ne compte qu'une seule mine industrielle, inaugurée l'an dernier dans l'Est, et des dizaines de milliers de mineurs artisanaux. Le chercheur Christophe Titeca, interrogé par TV5 Monde, relève que le pays déclare de l'or venu du Cameroun, d'Afrique du Sud, de Tanzanie, du Ghana, du Burkina Faso, du Mali, de Zambie ou du Kenya, sans que ces volumes apparaissent dans les exportations formelles des pays d'origine supposés.

Les chiffres varient selon les périodes de référence. D'autres relevés de la banque centrale font état de 5,8 milliards de dollars sur l'année achevée en novembre 2025, et selon le ministère des Finances, l'or pesait environ 76 % des recettes d'exportation du pays en 2025. 

Les experts des Nations unies pointent un écart criant. Dans un rapport publié cet été, ils notent que l'Ouganda a déclaré 62 tonnes d'or exportées en 2025, pour 6,4 milliards de dollars, bien au-delà de sa production nationale. Pour eux, la différence provient de l'or passé en contrebande depuis la province congolaise de l'Ituri, dont les exportations officielles dépassent à peine une demi-tonne. Kampala ne l'a jamais vraiment nié : de précédents travaux de l'ONU indiquaient que les autorités ougandaises attribuent ces flux à la porosité des frontières. 

C'est ici que l'argument de la stabilité prend son sens, selon le reportage : une fois l'or entré sur le territoire, il devient « ougandais » et traçable sur le papier. Le métal repart ensuite surtout vers Dubaï. Les Émirats arabes unis absorbent l'essentiel des exportations d'or de l'Ouganda. 

Le gouvernement ne s'en cache pas, car l'or est un pilier de sa politique économique. Le pays profite d'un cours international très élevé, évoqué à 4 000 dollars l'once dans le reportage. Depuis avril, sa banque centrale achète elle-même de l'or comme valeur refuge, à la manière de la Chine et d'autres institutions. Titeca décrit aussi une logique industrielle : capter une partie de la chaîne de valeur (raffinage, services financiers, et à terme production nationale) plutôt que de laisser transiter le métal brut. Des raffineries comme celle d'Entebbe ont d'ailleurs accompagné la montée en puissance du secteur. 

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