(Afriquesplus)- Le recul du dirham marocain face à l’euro et au dollar suscite des interrogations sur ses conséquences pour l’économie du royaume. Dans un entretien publié le 12 octobre 2026 par le média marocain Le360, Mohamed Filali, responsable des marchés des capitaux Maroc chez Attijariwafa bank, estime que cette évolution ne traduit pas nécessairement une fragilité de la monnaie nationale. Il y voit plutôt un mécanisme d’ajustement inhérent au régime de change en vigueur.
Selon le spécialiste, la récente dépréciation s’explique par la combinaison de facteurs internes et externes. Le marché marocain connaît notamment une évolution des flux de devises, tandis que le renforcement du dollar sur les marchés internationaux accentue la pression sur le dirham.
Un régime de change encadré
Le fonctionnement du dirham repose sur un panier de référence composé de l’euro, à hauteur de 60 %, et du dollar, à hauteur de 40 %. La monnaie marocaine évolue dans une bande de fluctuation de plus ou moins 5 % autour du cours central défini par ce mécanisme.
La valeur du dirham dépend ainsi, d’une part, de l’évolution de la parité entre l’euro et le dollar et, d’autre part, de l’équilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché national.
Mohamed Filali souligne que la baisse récente s’explique par ces deux composantes. Durant l’été, les transferts des Marocains résidant à l’étranger et les recettes touristiques ont contribué à soutenir l’offre de devises. Avec l’atténuation de ces effets saisonniers à la rentrée, la situation a évolué, tandis que la hausse des prix internationaux de certaines matières premières a accru les besoins en devises des importateurs.
À ces facteurs s’ajoute le renforcement du dollar, soutenu notamment par les écarts de politique monétaire entre la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, la progression des rendements des actifs américains et les incertitudes géopolitiques.
Des effets contrastés sur l’économie
La dépréciation du dirham produit des conséquences différentes selon les catégories d’acteurs économiques. Pour les importateurs, elle entraîne un renchérissement des achats effectués en devises, particulièrement lorsque les transactions sont libellées en dollars. L’énergie et plusieurs matières premières figurent parmi les produits concernés. Si cette situation se prolonge, une partie des coûts supplémentaires pourrait se répercuter sur les prix intérieurs.
À l’inverse, les exportateurs peuvent bénéficier d’une amélioration de leur compétitivité-prix sur les marchés étrangers. Les recettes touristiques et les transferts des Marocains établis à l’étranger peuvent également représenter davantage de dirhams une fois convertis en monnaie nationale.
Pour Mohamed Filali, ces effets opposés participent à un mécanisme d’ajustement qui contribue à rapprocher progressivement l’offre et la demande de devises. Il considère ainsi que la flexibilité du régime de change permet à la monnaie nationale d’absorber une partie des chocs extérieurs, sans sortir du cadre réglementaire prévu.
Une réforme jugée positive
Le responsable d’Attijariwafa bank dresse également un bilan favorable de la réforme du régime de change marocain. La bande de fluctuation, initialement limitée à plus ou moins 0,3 %, a été élargie à plus ou moins 2,5 % en janvier 2018, puis à plus ou moins 5 % en mars 2020.
Cette évolution progressive a accompagné le développement du marché interbancaire des changes et renforcé le rôle des banques dans la formation des cours. Elle a également contribué à familiariser les entreprises avec les fluctuations monétaires et avec les outils permettant de limiter leur exposition au risque de change.
Le spécialiste estime que le dispositif actuel conserve des marges de sécurité et que Bank Al-Maghrib dispose des instruments nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du marché. Il rappelle toutefois que les fluctuations monétaires doivent être suivies attentivement, notamment dans un environnement international marqué par des incertitudes économiques et géopolitiques.
Les entreprises appelées à mieux gérer le risque de change
Face à ces mouvements, Mohamed Filali recommande aux entreprises exposées aux variations des devises de privilégier des instruments de couverture plutôt que de chercher à anticiper systématiquement l’évolution des cours.
Le change à terme permet notamment de fixer à l’avance le taux applicable à une opération future. Les options de change offrent, quant à elles, une protection contre une évolution défavorable tout en laissant la possibilité de bénéficier d’un mouvement favorable, selon les modalités du contrat. L’étalement des opérations de change peut également contribuer à réduire les risques liés au choix du moment de conversion.
L’évolution du dirham au cours des prochains mois dépendra notamment des décisions de la Réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne, de la trajectoire des cours des matières premières et de la situation géopolitique internationale.
Si Mohamed Filali se montre confiant dans la capacité du Maroc à gérer ces fluctuations, les effets de la dépréciation sur les coûts d’importation et les marges des entreprises dépendront de l’ampleur et de la durée du mouvement.