(AfriquesPlus) - « C'est source de fierté pour moi et pour toutes les femmes de la nation. » Fatima Ezzahra El-Mansouri a prononcé ces mots en sortant du palais royal de Rabat, le mardi 29 septembre. Le roi Mohammed VI venait de la nommer première ministre, après la victoire aux législatives du 23 septembre du Parti Authenticité et modernité (PAM), qu'elle codirige. Elle devient ainsi la première femme à diriger un gouvernement au Maroc. Mais ce symbole cache une réalité moins flatteuse, comme le montre Célia Cuordifede dans Le Monde du 1er octobre 2026 : le plafond de verre reste en place pour les Marocaines.
Dans la nouvelle Chambre, les femmes occupent 107 sièges sur 395, soit 27 %, à peine plus que les 24,3 % de 2021. « Onze femmes de plus en cinq ans », résume l'avocate et militante féministe Ghizlane Mamouni. À ce rythme, prévient-elle, la parité promise par la Constitution depuis 2011 « attendra encore quarante ans ».
Et cette progression doit presque tout aux quotas. Quatre-vingt-dix de ces sièges proviennent des listes régionales réservées aux femmes, créées par la réforme électorale de 2021. Sur les listes locales, ouvertes à tous, seules 17 femmes ont été élues, pour 305 sièges.
Le sociologue Mehdi Alioua, de l'université internationale de Rabat, mise malgré tout sur l'effet d'exemple. Selon lui, la décision du souverain, très influent, pourrait pousser les partis comme les entreprises à changer leurs pratiques. Si le roi lui-même choisit une femme pour diriger le gouvernement, demande-t-il, « qui es-tu, toi, pour ne pas en choisir une ? »
La nouvelle cheffe du gouvernement est très attendue sur la réforme du code de la famille, la Moudawana, lancée en 2024 et toujours pas adoptée. Parmi les points en discussion figurent la représentation légale des enfants, aujourd'hui réservée au père, et certaines règles d'héritage.
Le contenu de cette réforme dépendra des alliances. Avec 97 sièges, le PAM est loin de la majorité et devra composer avec d'autres partis. Fatima Ezzahra El-Mansouri a laissé « la porte ouverte » aux islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), qui se disent pourtant opposés à une alliance. Ghizlane Mamouni met en garde : le PJD refuse toute révision touchant aux « constantes » du code de la famille. Gouverner avec lui, prévient-elle, reviendrait à « lui remettre un droit de veto sur les droits des femmes ».