(AfriquesPlus) - Interrogé par France 24, le chef de l'État burundais, également président en exercice de l'Union africaine, est revenu sur l'accord signé il y a plus de six mois à Washington entre le Rwanda et la République démocratique du Congo. Il constate que ce texte n'a toujours pas été suivi d'effets sur le terrain, les deux camps restant positionnés militairement sans engager de véritable désengagement. Pour lui, cette absence de retrait maintient un risque permanent d'affrontement dans une guerre qu'il qualifie d'« hybride », mêlant dimension interne congolaise et dimension internationale.
Ndayishimiye estime que la question des FDLR, souvent avancée par Kigali pour justifier sa posture dans l'est congolais, masque en réalité d'autres motivations. Selon lui, le gouvernement congolais aurait localisé des responsables de ce groupe armé et amorcé un processus pour les neutraliser dans les zones sous son contrôle, tandis que rien de tel ne serait entrepris dans les secteurs tenus par le Rwanda et le M23, signe, dit-il, d'un « agenda caché ». Il affirme par ailleurs disposer de documents attestant que Bujumbura a remis à plusieurs reprises des combattants du FDLR et du FLN aux autorités rwandaises, contredisant les accusations de complicité portées contre son armée.
Le président burundais réitère ses craintes d'une attaque rwandaise contre son pays, évoquant un dispositif qu'il dit organisé et entretenu depuis Kigali, jusque dans l'entraînement de combattants intégrés au M23. Il revient également sur le différend concernant le transfert de suspects impliqués dans la tentative de coup d'État de 2015 au Burundi, contestant la version de Paul Kagamé selon laquelle un tel engagement n'aurait jamais existé. Ndayishimiye détaille des rencontres entre équipes techniques des deux pays et une promesse qu'il attribue personnellement à son homologue rwandais, restée sans suite.
Interrogé sur l'opportunité de sanctions supplémentaires contre le régime rwandais, il se montre réservé, jugeant que ce type de mesures pénalise davantage les populations que les dirigeants, et dit privilégier une voie de dialogue qu'il affirme n'avoir jamais rompue. Sur le dossier sahélien, il assure que les contacts avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso se poursuivent malgré l'absence de visite officielle dans les deux premiers, tout en appelant la région à une solidarité accrue face au terrorisme, qu'il juge impossible à négocier.