(AfriquesPlus) - Dans une analyse publiée le 6 octobre 2026 par The Guardian Nigeria, le journaliste Ernest Nzor revient sur l’échec persistant du Nigeria à transformer ses importantes ressources minières en une véritable industrie sidérurgique. Le pays dispose de plus de trois milliards de tonnes de ressources identifiées en minerai de fer, d’un vaste marché intérieur, de ressources énergétiques et d’une main-d’œuvre qualifiée. Pourtant, il continue d’importer massivement son acier, révélant les faiblesses structurelles de sa politique industrielle.
Au cœur de cette contradiction se trouve Ajaokuta Steel Company, conçue comme le pilier de l’industrialisation nigériane. Plusieurs gouvernements ont annoncé sa relance, sollicité des investisseurs et lancé différents programmes, sans parvenir jusqu’ici à assurer une production durable. Pour les experts cités par The Guardian, cette situation traduit notamment des problèmes de gouvernance, de coordination et de continuité des politiques publiques.
Caius Ikem Umekesiobi, de la Nigerian Institution of Environmental Engineers, y voit avant tout un problème de leadership. De son côté, Godwin A. Alo, de la Nigerian Geological Survey Agency, insiste sur l’absence de stratégie de long terme. Il rappelle qu’une industrie sidérurgique ne peut fonctionner sans assurer simultanément l’approvisionnement en minerai, l’énergie, les infrastructures de transport, les compétences, les financements et un cadre réglementaire stable.
L’article souligne ainsi que la seule remise en activité d’Ajaokuta ne suffirait pas. Le développement d’une filière intégrée suppose de relier les mines, les infrastructures, les entreprises industrielles et les marchés. La stabilité des règles fiscales, minières, énergétiques et commerciales apparaît également essentielle pour rassurer les investisseurs engagés dans des projets nécessitant plusieurs années avant d’atteindre leur maturité.
L’administration du président Bola Ahmed Tinubu tente aujourd’hui de donner une nouvelle impulsion au secteur à travers le ministère du Développement de l’acier. Plusieurs projets sont évoqués, notamment l’audit technique d’Ajaokuta, des discussions avec la Chine pour sa relance, le développement d’unités de gaz autour du complexe et différents investissements privés dans la production et la transformation des métaux. Le gouvernement mise également sur une meilleure articulation entre exploitation minière et transformation industrielle.
Pour Ernest Nzor, le véritable test de cette stratégie ne sera toutefois pas le nombre d’accords annoncés ou de projets lancés, mais leur traduction concrète en production d’acier, en activité minière, en développement industriel et en emplois. L’auteur rappelle que l’industrie sidérurgique constitue un secteur structurant pour les infrastructures, les transports, l’énergie, la construction et la fabrication.
L’enjeu dépasse donc largement le cas d’Ajaokuta. Après des décennies de revirements et de projets inachevés, le Nigeria doit désormais démontrer sa capacité à maintenir une politique industrielle au-delà des alternances politiques. La question n’est plus de savoir si le pays possède les ressources nécessaires à son industrialisation, mais s’il peut instaurer la continuité, les institutions et la discipline nécessaires pour les transformer en richesse industrielle durable.