(AfriquesPlus) - Le Financial Times ne s’enthousiasme pas. Dans un éditorial publié le 9 octobre, sous la signature de sa rédaction, le quotidien économique britannique commente le lancement, cette semaine, de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) par l’Union africaine, « avec fanfare ». Son verdict, résumé dans le titre : « Créer une agence de notation africaine est la partie facile ».
La rédaction du Financial Times pose d’abord un constat chiffré. L’Afrique attire environ 1 % des capitaux propres privés mondiaux, alors qu’elle pèse près de 3 % de la production et du commerce de la planète. L’éditorial précise que ce chiffre sous-estime encore l’écart entre les besoins de financement du continent et la disponibilité, mais aussi le coût, des capitaux.
Pour les éditorialistes du quotidien, il sera difficile pour un nouvel acteur de changer la perception du risque. La crédibilité, écrivent-ils, se construit en années, voire en décennies, surtout si l’on soupçonne l’agence d’avoir été créée pour délivrer des notes plus favorables afin de réduire le coût du capital. Pour dissiper ces doutes, ses évaluations devront être « scrupuleusement objectives » et sa méthodologie « entièrement transparente ». Une disposition à dégrader la note d’un emprunteur puissant, si elle était justifiée, enverrait selon l’éditorial « un signal fort ».
Le Financial Times relève que l’Union africaine a assuré que l’AfCRA n’aurait aucune participation publique. Le journal juge cette position « bonne » : le moindre soupçon de dépendance envers les États emprunteurs serait « fatal » à sa crédibilité. En revanche, la rédaction regrette que la liste des actionnaires n’ait pas été publiée avant le lancement. Cette réticence lui paraît « étrange » et soulève, selon elle, des questions sur la viabilité financière de l’agence.
Les gouvernements africains reprochent aux trois grandes agences américaines de manquer d’expertise de terrain et de se livrer à des « exercices de bureau ». Sur ce point, l’AfCRA peut, selon le journal, « plausiblement » combler un vide en produisant des données plus fines.
Pour la rédaction du Financial Times, l’enjeu dépasse l’agence. Les gouvernements africains ont dépensé beaucoup de capital politique à critiquer le système de notation existant, ce que le journal assimile à « tirer sur le messager ». Il les invite à améliorer le climat d’investissement, à savoir une politique macroéconomique prudente et stable, des règles claires pour les investisseurs, une justice équitable, l'énergie, des routes et des ports fiables. Ces fondations du développement sont difficiles à bâtir. « En comparaison, créer une agence de notation, c’est un jeu d’enfant », conclut l’éditorial.