(AfriquesPlus) - Dans une tribune publiée dans Le Grand Continent le 23 septembre 2026, João Gomes Cravinho dénonce d'emblée « une certaine tendance à la répétition de ce qui se faisait jusque-là, une sorte de somnambulisme » dans la politique africaine de l'Union. Il rappelle que la vague de démocratisation des années 1990, largement soutenue par l'Europe, n'a pas tenu ses promesses économiques : la croissance africaine, tombée à 3-4% par an depuis dix ans, ne représente guère plus de 1% par habitant une fois la démographie prise en compte.
Pendant ce temps, l'Union s'est laissée distraire par son élargissement de 2004, la crise financière, l'annexion de la Crimée, la présidence Trump, le Covid-19 puis la guerre en Ukraine, reléguant l'Afrique loin de ses priorités. Conséquence directe selon l'auteur : la part de l'Union dans le commerce africain est passée de 46% en 1990 à 28% en 2025, pendant que la Chine progressait à 16%.
Sur le terrain, la Turquie a multiplié ses ambassades de 12 à 44 en un quart de siècle, les Émirats arabes unis sont devenus la première source d'investissement du continent, tandis que la Russie, via les mercenaires de l'Africa Corps, chercherait avant tout, selon l'auteur, « à créer des difficultés pour le flanc sud de l'Europe » en instrumentalisant les flux migratoires.
Contrairement à un discours migratoire alarmiste que João Gomes Cravinho juge « une idée fausse » — les Européens migrant en réalité davantage que les Africains proportionnellement à leur population —, l'auteur situe l'urgence ailleurs : l'injustice climatique qui nourrit les conflits du Sahel, où la marginalisation des jeunes pousse certains vers les groupes djihadistes, et le potentiel inexploité des minerais critiques africains, dont le continent détient environ un tiers des réserves mondiales.
Il propose quatre chantiers pour l'Europe : reconnaître que « l'Europe a un intérêt direct à œuvrer pour la paix, la prospérité et la stabilité » du continent plutôt que d'invoquer la seule solidarité ; abandonner les routines technocratiques au profit d'un dialogue politique de haut niveau ; investir massivement, à l'image du plan Marshall, dans l'éducation, la santé et les chaînes de valeur des minerais critiques, en s'appuyant sur l'Union africaine et son Agenda 2063 ; et bâtir enfin une véritable alliance de sécurité avec l'Afrique de l'Ouest.
Pour l'auteur, ce rapprochement reste « un impératif géopolitique et une question de crédibilité pour l'Union ».