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Quand le souverainisme sahélien rejoint l'extrême droite européenne
Quatre ans après son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré incarne, selon François Soudan, un discours masculiniste et identitaire en rupture avec le panafricanisme progressiste d'hier
 

(AfriquesPlus) - Pour François Soudan, le pouvoir burkinabè ne relève pas du panafricanisme mais d'un souverainisme qui rejoint les thèmes de l'extrême droite occidentale. Selon lui, une victoire de Marine Le Pen en France serait même souhaitable pour les dirigeants de l'Alliance des États du Sahel (AES).

À l'occasion des quatre ans de l'arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, François Soudan, directeur de la rédaction de de Jeune Afrique, était l'invité de RFI. Il y a défendu la thèse de son éditorial, intitulé « Ibrahim Traoré-Le Pen, même combat ».

Le journaliste conteste d'abord l'étiquette de panafricaniste accolée au chef de la transition burkinabè. « Ce n'est pas de panafricanisme qu'il s'agit, mais de souverainisme, ce qui est très différent », explique-t-il. Le panafricanisme des années 1960 portait selon lui un projet de révolution politique et sociale, quand les dirigeants actuels de l'AES n'en retiennent que le discours anti-impérialiste, en s'appuyant sur les forces traditionnelles et religieuses les plus conservatrices.

François Soudan évoque une véritable convergence avec les droites radicales d'Europe et des États-Unis. Il cite les félicitations adressées par Ibrahim Traoré à Donald Trump pour sa politique migratoire, le 11 septembre à Bobo-Dioulasso, ainsi que leur hostilité commune envers la Cour pénale internationale. Pour l'éditorialiste, les deux camps partagent le rejet des influences étrangères et la logique du « chacun chez soi ».

C'est dans cette logique qu'il juge l'élection de Marine Le Pen, donnée en tête des sondages avant la présidentielle du printemps prochain, « souhaitable » pour les militaires sahéliens. Son programme sur l'Afrique, qu'il qualifie de sommaire, mise sur une coopération à la carte et une aide réduite au minimum humanitaire, ce qui ne dérangerait en rien leurs entreprises. Il rappelle aussi qu'en 2023, lorsque le capitaine Traoré a exigé le départ des forces françaises du Burkina Faso, la candidate du Rassemblement national fut la seule à sommer Emmanuel Macron de respecter cette décision.

François Soudan apporte toutefois une nuance : avec Marine Le Pen à l'Élysée, le « grand Satan français », si commode pour les régimes de l'AES, risquerait de devenir rapidement obsolète, et il leur faudrait en trouver un autre.

Interview de François Soudan à suivre ici

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