(AfriquesPlus) - La question de savoir qui écrit l'histoire de l'Afrique est ancienne. Dès les années 1950, le Sénégalais Cheikh Anta Diop en avait fait un combat intellectuel. En 1964, l'UNESCO lançait son Histoire générale de l'Afrique, confiée en grande partie à des chercheurs du continent, parmi lesquels l'historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo. C'est dans cette lignée que s'inscrit Une histoire africaine de l'Afrique, publiée en français aux éditions du Faubourg.
Son autrice n'est pas une inconnue. Passée par la BBC, Zeinab Badawi avait déjà consacré une série documentaire à l'histoire du continent. Elle préside aujourd'hui l'université SOAS de Londres, institution réputée pour ses études africaines et asiatiques.
Dans un entretien accordé à TV5Monde, elle explique sa démarche : « Ce qui compte, c'est qui raconte cette histoire. » Ses sources sont donc principalement des historiens africains, familiers des langues locales et de la tradition orale. Elle précise toutefois ne pas vouloir supplanter les travaux des chercheurs européens, mais les compléter.
Cette approche a une conséquence concrète sur la structure du livre. Sur ses dix-huit chapitres, la traite transatlantique n'apparaît qu'au quatorzième. Badawi y voit une manière de corriger un récit européen qui, selon elle, fait commencer l'histoire africaine avec l'asservissement et la conquête, alors que l'Afrique est le continent le plus anciennement habité.
Le défi méthodologique est réel : une grande partie de cette histoire n'a pas été consignée dans des archives écrites européennes. Elle passe par la tradition orale, les chants, la danse, l'art et l'archéologie, ainsi que par des sources en langues non européennes, notamment arabes, dès les VIIe et VIIIe siècles. On pense à la formule d'Amadou Hampâté Bâ, selon laquelle un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle.
Le livre s'ouvre sur Lucy et les origines de l'humanité. Pour l'autrice, rappeler que l'espèce humaine est née sur le continent il y a environ 100 000 ans, et que « tout le monde est africain », est aussi une façon de combattre le racisme. Elle consacre en outre une large place aux femmes, comme la reine Nzinga du Ndongo, qui a tenu tête aux Portugais, ou Yaa Asantewaa, qui a mené la résistance ashanti contre les Britanniques au XIXe siècle.
Le public visé est avant tout la jeunesse. Selon Zeinab Badawi, l'âge moyen est de 18 ans en Afrique, contre 42 ans en France. Les estimations de l'ONU situent l'âge médian du continent autour de 19 ans. À ces jeunes, souvent confrontés à une couverture médiatique dominée par les coups d'État, les guerres et les famines, elle veut transmettre une histoire porteuse d'espoir, qui leur serve à s'affirmer dans leurs projets sociaux, politiques et économiques.