(Afriquesplus)- L’introduction du franc congolais, le 30 juin 1998, a constitué une étape majeure dans la réunification monétaire de la République démocratique du Congo. Près de trois décennies plus tard, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, est revenu sur les conditions de cette réforme et les difficultés rencontrées à la veille de la guerre de 1998. Il s’exprimait lors d’un Space live organisé le 6 octobre par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, rapporte Actualité.cd.
Un pays divisé en plusieurs espaces monétaires
Avant l’adoption du franc congolais, la RDC ne disposait pas d’un véritable espace monétaire unifié. Selon Jean-Claude Masangu, les différentes régions du pays n’acceptaient pas les mêmes coupures du nouveau zaïre.
Au Katanga, les grosses coupures circulaient davantage, tandis qu’à l’Ouest certaines coupures seulement étaient acceptées. Dans l’Est, la situation était également marquée par des restrictions concernant les billets en circulation.
Le cas du Kasaï était encore plus particulier. La province avait refusé la réforme monétaire engagée sous le Premier ministre Faustin Birindwa et continuait, plusieurs années après, à utiliser les anciens zaïres.
Cette fragmentation monétaire compliquait les échanges commerciaux entre les différentes parties du pays. Les opérateurs devaient transporter des espèces d’une province à l’autre ou recourir au dollar américain pour effectuer certaines transactions.
Le franc congolais pour rétablir un marché national
Pour mettre fin à cette situation, la Banque centrale du Congo a notamment décidé d'autoriser l’échange des anciens zaïres contre le franc congolais. Cette mesure concernait particulièrement le Kasaï, qui n’avait pas adhéré à la réforme précédente.
Pour l’ancien gouverneur, cette décision a permis de réintégrer la province dans un espace monétaire commun. Le franc congolais devait ainsi devenir un instrument permettant de faciliter les échanges entre les différentes provinces.
La réforme ne concernait donc pas uniquement le changement de billets. Elle visait également à restaurer un système monétaire national capable d’accompagner la circulation des biens et des services à travers le territoire.
Une monnaie lancée quelques semaines avant la guerre
Le franc congolais est officiellement entré en circulation le 30 juin 1998. Quelques semaines plus tard, en août, la guerre éclatait dans le pays.
Face au conflit et à la perte de contrôle d’une partie du territoire par Kinshasa, la nouvelle monnaie aurait pu rencontrer d’importantes difficultés pour s’imposer. Jean-Claude Masangu explique cependant que la Banque centrale avait anticipé ce risque.
Avant même le lancement officiel, des stocks de billets avaient été acheminés dans les différentes provinces afin que la monnaie soit disponible dès son entrée en circulation.
Cette anticipation a permis, selon l’ancien gouverneur, au franc congolais de continuer à circuler dans les zones de l’Est malgré la guerre et la proximité de pays utilisant d’autres monnaies, notamment le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda.
Une réforme présentée comme une opération nationale
Dans un autre volet de son témoignage, Jean-Claude Masangu a insisté sur le caractère national de la réforme monétaire. Il affirme que l’introduction du franc congolais avait été préparée sans assistance du Fonds monétaire international.
La Banque centrale avait alors constitué une cellule technique chargée de préparer la réforme, en s’appuyant notamment sur l’expérience des précédentes réformes monétaires menées dans le pays.
Près de trente ans après sa mise en circulation, le franc congolais demeure au cœur des débats économiques en RDC, dans un contexte où les autorités cherchent également à réduire progressivement la place du dollar dans les transactions et à renforcer la confiance dans la monnaie nationale.