(AfriquesPlus) - Interrogée sur le vote américain contre une résolution onusienne qualifiant la traite transatlantique de pire crime contre l'humanité, la Barbade a répondu par un long réquisitoire. Elle y mêle histoire coloniale, dette climatique et plaidoyer pour une réparation qui ne se limite pas à un geste extérieur.
La question est venue d'Ishaan Tharoor, chroniqueur au New Yorker et Edward R. Murrow Fellow au Council on Foreign Relations (CFR), lors d'un échange organisé le 23 septembre à New York en marge de la 81ᵉ session de l'Assemblée générale des Nations unies, animé par Linda Thomas-Greenfield, ex-ambassadrice américaine à l'ONU. Il a rappelé qu'une résolution portée en mars par le Ghana et soutenue par la CARICOM, désignant la traite transatlantique comme le crime le plus grave contre l'humanité, avait été adoptée à une large majorité, les États-Unis et deux autres pays votant contre. Mia Mottley a comparé cette position à celle adoptée par Washington en 2001, lorsque le pays avait déjà refusé de s'associer à la conférence de Durban sur le même sujet. Selon elle, faire dépendre la justice et la morale d'une question de responsabilité juridique est ce qui bloque tout progrès.
La dirigeante barbadienne a soutenu que l'intention coupable à l'origine de l'esclavage continue d'irriguer les inégalités actuelles, citant en exemple le traitement différencié réservé au Ghana et à la Grèce sur les marchés financiers internationaux malgré des profils d'endettement comparables. Elle a affirmé qu'il n'y a jamais eu d'excuse formelle pour ce crime, et rappelé que l'Allemagne a versé environ 95 milliards de dollars à la communauté juive en plus d'un demi-siècle, alors que la traite transatlantique s'est étendue sur plus de deux cents ans.
Elle a insisté sur une spécificité de ce système, le premier à définir des personnes noires comme un bien, une propriété, précisant que la Barbade avait été le premier pays au monde à adopter un code de l'esclavage, en 1661, vingt ans avant le Code noir français, un texte ensuite repris dans les colonies britanniques d'Amérique du Nord et des Caraïbes. Elle a également détaillé le mécanisme d'indemnisation britannique de 1834, versant vingt millions de livres aux propriétaires d'esclaves, une dette que le Royaume-Uni n'a fini de rembourser qu'en 2015, suivi de quatre années de travail forcé déguisé en apprentissage.
Elle a évoqué la création récente d'une Commission mondiale sur les réparations, présidée par le président ghanéen John Mahama, avec une vice-présidence confiée à la CARICOM, et désormais élargie aux descendants de travailleurs sous contrat venus d'Inde et de Chine après l'abolition.
Mia Mottley a tenu à distinguer sa démarche des accusations de vouloir ruiner les anciennes puissances coloniales, comparant le processus au temps qu'a pris le Royaume-Uni pour solder sa propre dette et plaidant pour une solution intergénérationnelle plutôt qu'un règlement immédiat. Elle a par ailleurs cité l'exemple barbadien de réparation interne, rappelant qu'après l'abolition, une loi dite du maître et du serviteur avait contraint nombre d'anciens esclaves à continuer de vendre leur travail à la plantation pour conserver leur logement.
Le gouvernement y a répondu en permettant l'achat de terrains à bas prix, ouvrant l'accès à la propriété, au crédit bancaire et à l'amélioration de l'habitat, un dispositif ensuite étendu aux zones urbaines avec l'appui de l'État.