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Sénégal, Bénin, Mali, trois laboratoires de la nouvelle donne Afrique-France
Du départ des bases françaises à Dakar aux exactions attribuées à Wagner à Bamako, Christophe Boisbouvier lit l'évolution du continent à l'aune d'un seul critère : la démocratie
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=sz2ctlvK9Ms

(AfriquesPlus) - Dans un nouvel essai, le spécialiste de l'Afrique tire le bilan de soixante ans de relations heurtées entre Paris et le continent, et défend l'idée d'un partenariat refondé autour de la démocratie.

Pour Christophe Boisbouvier, la France-Afrique est bel et bien finie. Invité de TV5 Monde, le journaliste de RFI a présenté son livre La France-Afrique est morte. Vive l'Afrique-France !, publié chez Buchet-Chastel, dans lequel il affirme que la relation entre Paris et le continent doit repartir de zéro.

Depuis 2022, le recul de la France en Afrique de l'Ouest et du Centre s'est accéléré. Au Mali, au Burkina Faso puis au Niger, les autorités issues de coups d'État ont obtenu le départ des troupes françaises et se sont rapprochées de Moscou. Au Sénégal, c'est un pouvoir élu qui a demandé la fermeture des emprises militaires françaises, effective en 2025.

Christophe Boisbouvier ne conteste pas ce constat. À ses yeux, la popularité du capitaine Ibrahim Traoré auprès de la jeunesse africaine et de la diaspora s'explique par les « bêtises » commises par Paris pendant six décennies de néocolonialisme, entre compromissions et coups tordus. Sur le plateau, il résume : la France « a payé pour ça ».

Le journaliste refuse toutefois de mettre sur le même plan toutes les puissances présentes en Afrique. Selon lui, la frontière entre partenariat et prédation tient à un seul critère, la démocratie. Il oppose le modèle russe, fondé à ses yeux sur l'autorité et l'élimination des opposants, au message de liberté que peut porter Paris. Il rappelle que Traoré a déclaré que la démocratie « n'est pas pour les Burkinabè », tandis qu'environ 200 opposants du pays seraient emprisonnés ou exilés.

Il cite en exemple le Bénin, où une tentative de putsch prorusse, selon lui, a été déjouée en décembre 2025 grâce à la coopération entre le Nigeria et la France. Le Sénégal est son second exemple. Arrivé au pouvoir par les urnes, le Pastef a renvoyé les militaires français tout en laissant la porte ouverte à une coopération économique, alors que Dakar affronte une grave crise de la dette cachée.

L'invité de TV5 Monde met aussi en garde contre les ambitions de la Chine, de la Russie et des États-Unis. Il évoque les exactions attribuées à Wagner puis à l'Africa Corps au Mali, dont le massacre de Moura en mars 2022, qui aurait fait 500 morts civils et fait l'objet d'une plainte de trois ONG devant la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. Il cite également les expulsions d'Africains vers des pays tiers décidées par l'administration Trump. Le jour même de l'entretien, Lomé et Moscou annonçaient l'extension de leur partenariat aux mines et à l'énergie.

Christophe Boisbouvier reconnaît que la France n'a pas de légitimité particulière à intervenir, mais juge que la lutte contre les jihadistes, les pirates et les trafiquants appelle encore une coopération internationale. Il imagine un partenariat élargi à l'Europe, Royaume-Uni compris, et aux nouvelles puissances africaines : Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Côte d'Ivoire. Pour lui, seuls l'Europe et la France peuvent défendre la démocratie et les droits humains sur le continent.

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