(AfriquesPlus) - Près de sept ans après l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir, la Tunisie peine encore à transformer la croissance économique en amélioration tangible des conditions de vie. Dans un article publié le 15 octobre 2026, Al Jazeera examine les résultats de la politique économique du président tunisien, entre inflation persistante, chômage élevé et contraintes budgétaires.
Malgré une progression de l’activité économique, le coût de la vie continue de peser sur les ménages. Selon l’Institut national de la statistique, l’inflation a atteint 5,6 % en septembre 2026, tandis que les prix des produits alimentaires et des boissons ont augmenté de 8,4 % sur un an. Pour les travailleurs indépendants, comme les chauffeurs de taxi, la hausse des dépenses professionnelles réduit les revenus et oblige à travailler davantage pour maintenir le même niveau de vie.
Le marché de l’emploi demeure également fragile. Le chômage global s’établissait à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, mais il atteignait 35,4 % chez les 15-24 ans et 26,6 % parmi les diplômés de l’enseignement supérieur. Ces chiffres soulignent les difficultés de l’économie tunisienne à créer suffisamment d’emplois stables et à offrir des perspectives aux jeunes.
La marge de manœuvre du gouvernement est par ailleurs limitée par l’endettement public et la hausse des dépenses énergétiques. Alors que les prix internationaux du pétrole ont dépassé les hypothèses retenues dans la loi de finances 2026, le maintien des subventions aux carburants exerce une pression supplémentaire sur les finances publiques. Cette situation complique l’arbitrage entre la protection du pouvoir d’achat, le financement des services publics et les investissements nécessaires à la relance de la production.
La politique de lutte contre les monopoles et la spéculation, défendue par Kaïs Saïed au nom de la justice sociale, suscite aussi des critiques. Certains observateurs estiment que des interventions mal calibrées peuvent perturber les circuits d’approvisionnement et favoriser les pénuries. Ils appellent à distinguer les pratiques abusives des mécanismes ordinaires de stockage et de distribution.
Les partisans du président rappellent toutefois qu’il a hérité de difficultés structurelles et que la pandémie, les fluctuations des prix mondiaux et les tensions géopolitiques ont compliqué le redressement économique. Ces facteurs expliquent une partie des obstacles, sans pour autant dispenser le pouvoir d’un examen de ses propres choix.
Au terme de cette période, le bilan apparaît donc contrasté : la croissance se poursuit et le chômage global a reculé par rapport à son pic de 2020, mais le pouvoir d’achat reste sous pression et les jeunes continuent de rencontrer d’importantes difficultés d’insertion professionnelle. Pour Al Jazeera, le véritable indicateur de réussite sera la capacité de la politique économique à produire davantage d’emplois durables, à renforcer la production nationale et à améliorer concrètement les revenus des Tunisiens.