(AfriquesPlus) - Né dans les rues de Yopougon à Abidjan, le biama est devenu en quelques années un véritable phénomène culturel. Mélange de pas de danse, d’acrobaties et d’expressions faciales humoristiques, ce mouvement rassemble chaque semaine des centaines de jeunes et commence à dépasser les frontières de la Côte d’Ivoire.
À Yopougon, dans l’ouest d’Abidjan, la musique résonne et les jeunes se retrouvent après les cours pour s’adonner au biama. Dans les rues du quartier où le mouvement a vu le jour, les danseurs enchaînent pirouettes, mouvements acrobatiques, pas improvisés et grimaces destinées à provoquer les rires du public.
Le phénomène ne se limite plus aux rassemblements spontanés. Les « biamasseurs » organisent désormais des événements en plein air, avec des DJ qui se succèdent sur scène et des danseurs venus démontrer leur talent.
Pour Junior Koffi, alias « God of War », organisateur de soirées biama, l’essentiel reste le plaisir.
« Le biama, c'est avant tout s'amuser », explique-t-il. En nouchi, l’argot ivoirien, cette pratique est associée au « tchegboya », une manière de « se lâcher », avec une dimension humoristique destinée à divertir le public.
De Yopougon aux réseaux sociaux
Le biama a rapidement trouvé un formidable relais sur les réseaux sociaux. Parmi ses figures les plus connues, Dydy Yeman, danseur et chanteur, a vu ses vidéos enregistrer des dizaines de millions de vues sur YouTube.
Après avoir commencé dans les rues de Yopougon, l’artiste s’est produit dans plusieurs pays africains et en Europe. Il revendique toutefois avec fierté ses origines et son attachement au quartier considéré comme le berceau du mouvement.
« Comme on est de là-bas – on est du quartier –, on a naturellement envie de développer le biama aussi, pour pouvoir l’exporter vers d’autres pays et d’autres continents », explique-t-il.
Cette volonté d’exportation témoigne du changement d’échelle du phénomène. Né dans un environnement populaire, le biama cherche désormais à s’imposer comme une expression culturelle capable de voyager au-delà des frontières ivoiriennes.
Quand la danse inspire la musique
Le phénomène influence également la création musicale. Des arrangeurs composent des morceaux destinés à accompagner les mouvements et s’inspirent directement des pas développés par les danseurs.
Dans un studio de Yopougon, Elie-Michel Assie Diou, arrangeur musical, explique que le travail avec les artistes du biama s’est intensifié depuis 2022.
« Depuis 2022, ici, on a commencé à travailler dans ce studio, c'est à partir de là qu'on a commencé à enregistrer les artistes, de tous genres, principalement les artistes du biama », raconte-t-il. Selon lui, près d’une cinquantaine d’artistes liés au mouvement auraient déjà été enregistrés dans le studio.
Le biama s’inscrit ainsi dans une relation étroite entre danse, musique et réseaux sociaux, trois univers qui se nourrissent mutuellement et permettent au mouvement de toucher un public de plus en plus large.
Une expression de la joie de vivre
Le succès du biama s’explique aussi par son caractère ludique. Né dans le sillage du coupé-décalé, il a rapidement trouvé un écho auprès d’une jeunesse ivoirienne particulièrement nombreuse.
La Côte d’Ivoire compte en effet une population très jeune, près des deux tiers de ses habitants ayant moins de 25 ans. Dans ce contexte, le biama offre un espace d’expression, de divertissement et de sociabilité.
Pour le sociologue Stéphane Babo, le mouvement possède une dimension qui dépasse la simple performance physique.
« Le biama, c’est la joie de vivre ; c’est le rire », souligne-t-il, évoquant notamment l’importance des expressions faciales et leur capacité à refléter certains phénomènes sociaux.
Selon lui, cette dimension humoristique pourrait expliquer la capacité du mouvement à s’inscrire dans la durée : le besoin de rire, de se divertir et de se taquiner entre générations ne disparaît pas.
Une naissance presque accidentelle
L’histoire du biama commence pourtant de manière presque fortuite. Le mouvement serait né en 2021, dans une salle de jeux vidéo de Yopougon.
Un jeune homme, emporté par l’excitation après avoir remporté de l’argent, se serait levé brusquement avant d’improviser quelques pas de danse. Un ami a filmé la scène. La vidéo a contribué à faire connaître cette manière particulière de danser.
Quelques années plus tard, le phénomène a changé d’échelle.
Karl Guei, surnommé « Kalomaman », compte désormais deux millions d’abonnés sur TikTok, selon le journaliste culturel Toussaint Konan. Les réseaux sociaux ont ainsi joué un rôle déterminant dans la diffusion du biama et dans l’émergence de nouvelles figures du mouvement.
Un phénomène culturel en pleine expansion
Des rues de Yopougon aux scènes internationales, le biama semble avoir franchi le stade de la simple tendance pour devenir un mouvement culturel à part entière.
Ses adeptes y trouvent un moyen de s’amuser, de créer, de se faire connaître et parfois de construire une carrière. Les musiciens y voient une source d’inspiration, tandis que les réseaux sociaux offrent aux danseurs une vitrine mondiale.
Reste à savoir jusqu’où ira cette nouvelle expression née dans les quartiers populaires d’Abidjan. Mais une chose semble déjà acquise : en associant humour, danse, musique et créativité, le biama a trouvé son langage et une jeunesse prête à le faire voyager.