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Entre critères non remplis et désaccords, l'eco reste un pari
Réaffirmé récemment, le lancement de l'eco en 2027 se heurte toujours à des obstacles de taille : seuls quatre pays remplissent les critères de convergence, aucun régime de change commun n'a été arrêté, et le sort des pays de l'AES reste incertain
 
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(SenePlus) - La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) continue d'afficher 2027 comme l'année de naissance de l'eco, sa future monnaie commune. Une promesse maintes fois différée : le projet devait initialement voir le jour en 2003, puis en 2010, avant d'être repoussé à 2020, puis désormais à 2027.

Longtemps, l'organisation régionale a défendu l'idée d'un basculement collectif, tous les pays membres adoptant l'eco au même moment. Cette ligne a évolué ces derniers mois. La CEDEAO privilégie désormais un démarrage progressif : les États volontaires et respectant les critères de convergence économique pourraient adopter la monnaie en premier, les autres suivant à mesure qu'ils rempliraient les conditions requises. Problème : aucun pays ne s'est pour l'instant officiellement porté candidat pour ouvrir le bal.

Ces critères, précisément, restent exigeants. Un pays doit afficher un déficit public inférieur à 3 % du PIB, une inflation contenue sous les 10 % et un endettement public ne dépassant pas 70 % du PIB, le tout maintenu sur trois années consécutives. Sur la base des chiffres du FMI, seuls quatre pays de la zone répondaient à ces exigences en 2025 : le Bénin, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire et le Togo.

Interrogée dans sa chronique bimensuelle sur TV5 Monde, Thaïs Brouck, rédacteur en chef de la section économie de Jeune Afrique, relève un paradoxe : les pays les plus proches de qualifier pour un lancement rapide de l'eco sont, pour la plupart, déjà dotés d'une monnaie commune — le franc CFA — à l'exception notable du Cap-Vert. Autrement dit, l'urgence à créer une nouvelle devise n'est pas la même pour tous.

Selon la journaliste, de nombreux aspects techniques du projet demeurent par ailleurs non tranchés : le design des billets et des pièces, le lieu d'implantation de la future banque centrale commune, les modalités d'impression de la monnaie, et surtout le régime de change qui régira l'eco.

Ce dernier point cristallise un désaccord de fond entre deux blocs de pays. D'un côté, les membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), habitués à un franc CFA arrimé à l'euro et attachés en priorité à la stabilité des prix et à la lutte contre l'inflation. De l'autre, le Nigeria et le Ghana, dont les monnaies nationales — le naira et le cedi — ont subi de fortes dépréciations face à l'euro et au dollar ces dernières années, et qui plaident pour une politique monétaire plus flexible, susceptible de financer les déficits publics au prix d'une inflation plus élevée. Un arbitrage éminemment politique sur lequel les chefs d'État de la CEDEAO peinent à s'accorder depuis des années, malgré de multiples cycles de discussions.

À cette équation s'ajoute une inconnue supplémentaire : le sort des trois pays de l'Alliance des États du Sahel qui ont quitté la CEDEAO en 2024. Leur position vis-à-vis de l'eco reste floue. Trois scénarios sont théoriquement envisageables pour eux : rejoindre l'eco, à condition que la CEDEAO l'accepte ; créer leur propre monnaie ; ou conserver le franc CFA. Cette dernière option apparaît toutefois peu crédible, les dirigeants des trois pays s'étant montrés particulièrement critiques envers cette devise héritée de la période coloniale, toujours garantie par le Trésor français.

Malgré ces obstacles accumulés, les chefs d'État de la CEDEAO refusent d'enterrer le projet, qu'ils présentent comme un pilier majeur de l'intégration économique régionale. Le président ivoirien Alassane Ouattara figure parmi les principaux artisans de ce maintien de cap.

Mais comme le souligne Thaïs Brouck sur TV5 Monde, une monnaie commune ne se résume ni à un calendrier ni à un nom ; elle suppose une banque centrale opérationnelle et un régime de change clairement défini. Pour la plupart des experts cités dans sa chronique, plusieurs années de préparation supplémentaires seront nécessaires avant qu'une mise en circulation effective soit envisageable. Sauf surprise majeure, les billets libellés en francs CFA devraient donc continuer à circuler de Dakar à Abidjan pendant encore un certain temps.

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