(AfriquesPlus) - Dans un entretien fleuve diffusé sur la chaîne YouTube Limit, Seumboy revient sur les fondements historiques du racisme, la notion contestée de « racisme antiblanc » et les mécanismes qui, selon lui, perpétuent aujourd'hui encore une hiérarchie mondiale héritée de la colonisation.
L'invité rappelle que la notion de « race » n'a rien de naturel. Elle apparaît, dit-il, dans le sillage des sciences naturelles européennes, lorsque le naturaliste suédois Carl von Linné classe les humains en catégories hiérarchisées, Européen blanc, Américain rouge, Asiatique jaune, Africain noir. C'est cette classification, transformée en hiérarchie, qui aurait donné naissance au racisme tel qu'on le connaît : une discrimination pensée pour justifier l'esclavage et la colonisation, en fournissant une main-d'œuvre jugée « inférieure » donc exploitable sans risque de révolte légitime.
Le cœur de l'entretien porte sur une notion de plus en plus mobilisée dans le débat public, y compris par Donald Trump à propos de l'Afrique du Sud : le « racisme antiblanc ». Pour Seumboy, ce concept confond deux choses distinctes. D'un côté, un racisme structurel, institutionnalisé pendant des siècles par des États, avec des lois, une police, un système économique entier construit pour maintenir une hiérarchie raciale. De l'autre, des agressions individuelles que des personnes blanches peuvent subir, réelles, mais non soutenues par un projet politique ou économique de domination.
Il détaille un mécanisme qu'il juge souvent ignoré : dans les quartiers populaires, ce sont les personnes blanches les plus modestes qui se retrouvent en première ligne du contact avec les populations racisées, alors que l'élite blanche, elle, vit largement à l'écart de cette confrontation. Une manière, selon lui, pour les classes dominantes d'instrumentaliser leur propre catégorie raciale tout en restant protégées.
Décolonisation « pacifique » : une lecture politique
L'entretien s'attarde longuement sur la décolonisation de l'Afrique subsaharienne, présentée comme relativement pacifique comparée aux guerres d'Algérie ou d'Indochine. Seumboy propose une explication différente du récit convenu : au moment du passage de la IVe à la Ve République française, les colonies auraient proposé une union égalitaire, sur le modèle d'une fédération où chaque territoire aurait eu son autonomie. Craignant de devenir minoritaires face au nombre de colonisés, les parlementaires français auraient préféré accorder l'indépendance à de petits États sans réel poids collectif plutôt que d'accepter une égalité politique réelle.
Interrogé sur les raisons de l'abolition de l'esclavage, Seumboy nuance l'idée d'une évolution purement morale ou d'un simple remplacement de la main-d'œuvre par les machines. Il insiste sur le rôle central des révoltes d'esclaves, citant l'insurrection de Saint-Domingue, qui aboutit en 1804 à l'indépendance d'Haïti — premier État né d'une révolte d'esclaves réussie dans l'histoire. Selon lui, les abolitions successives en France résultent moins d'un « don » de la République que d'un rapport de force devenu intenable face aux soulèvements.
L'entretien se conclut sur une mise en perspective contemporaine : pour Seumboy, l'esclavage n'a jamais réellement disparu, il a changé de forme, se voyant désormais à travers le travail forcé colonial après l'abolition, la traite humaine actuelle, ou l'exploitation des minerais nécessaires à l'industrie technologique, notamment en République démocratique du Congo. Un parallèle qu'il établit avec les grandes fortunes historiques bâties sur l'exploitation coloniale, pour affirmer que la lutte antiraciste ne peut se limiter aux préjugés individuels : elle doit s'attaquer à un système économique global, qu'il relie explicitement aux enjeux écologiques contemporains.