(AfriquesPlus) - Recherché dans toute l'Europe pour trafic de stupéfiants et complicité de meurtres, il a fini par trouver refuge dans un pays d'Afrique de l'Ouest qu'il a méthodiquement placé sous sa coupe. Le Néerlandais Jos Leijdekkers, surnommé « Chubby Jos », est devenu en quelques années l'homme fort de facto de la Sierra Leone, dont le réseau de trafic de cocaïne y représenterait aujourd'hui l'équivalent d'un quart du PIB national.
Selon une enquête du journaliste Alexander Clapp, publiée le 18 septembre 2026 par le magazine 1843 du groupe The Economist avec le soutien du Pulitzer Center, Jos Leijdekkers s'était installé à Freetown sous une fausse identité, celle d'un investisseur turc nommé « Omar Sheriff ». Il y menait grand train — G-Wagon, whisky au Sky Bar, réceptions de ministres dans sa suite du 2 Seasons Resort — avant qu'un incident, en janvier 2023, ne révèle des tensions avec l'élite libanaise locale : l'un de ses gardes du corps avait tiré sur un jeune homme dans une boîte de nuit. « Nous avons essayé de le punir, mais nous n'avons pas pu », a confié à Alexander Clapp l'oncle de la victime, un riche entrepreneur du BTP. Ce n'est qu'en 2025, après qu'il eut été filmé assistant à une messe deux rangs derrière le président sierra-léonais Julius Maada Bio, que des journalistes néerlandais ont identifié l'homme comme étant l'un des criminels les plus recherchés d'Europe.
L'article retrace le parcours de cet ancien tueur à gages des rues d'Anvers, devenu en moins d'une décennie à la tête d'un réseau de trafic pesant plus de deux milliards de dollars par an entre l'Amérique latine, l'Europe et le Moyen-Orient. Emprisonné aux Pays-Bas après une fusillade en 2011, Leijdekkers avait ensuite intégré la mouvance de la Mocro Maffia sous l'autorité de Ridouan Taghi, avant de prendre son indépendance après l'arrestation de ce dernier en 2019. Des messages interceptés sur la messagerie cryptée Sky ECC, cités par 1843, donnent une idée de sa brutalité : évoquant une cargaison saisie en Uruguay, il aurait promis à ses hommes que « nous allons tuer toutes les familles là-bas demain ». Traqué aux Pays-Bas puis à Dubaï, il aurait ensuite obtenu la nationalité turque contre un investissement en or, avant qu'un mandat d'arrêt et une rafle policière en 2023 ne le poussent à fuir une nouvelle fois, cette fois vers l'Afrique de l'Ouest.
D'après 1843, Leijdekkers détiendrait un passeport diplomatique sierra-léonais et aurait tissé des liens jusqu'au sommet de l'État : il aurait eu un enfant avec Agnes Bio, la fille du président, et arroserait ministres, policiers et militaires pour sécuriser ses cargaisons, notamment via le port en eaux profondes de Freetown. Une source gouvernementale, citée sous couvert d'anonymat, résume ainsi son emprise : « Jos Leijdekkers tient la Sierra Leone dans le creux de sa main. » L'enquête documente aussi son coût humain : la disparition, jamais élucidée, d'un homme d'affaires soupçonné d'avoir détourné une partie de sa marchandise, ou encore l'arrestation et l'interrogatoire, pendant quinze heures, d'une journaliste néerlandaise venue enquêter sur place.
Toujours sous le coup de plusieurs condamnations par contumace en Europe — 57 ans de prison en Belgique, 24 ans et 96 millions d'euros d'amende aux Pays-Bas —, Leijdekkers échappe pour l'instant à toute extradition, la Sierra Leone n'ayant signé aucun traité en ce sens avec Bruxelles ou La Haye. Selon 1843, une tentative de capture par les forces spéciales néerlandaises, organisée au large du Liberia après la saisie record de 30 tonnes de cocaïne à bord d'un navire parti de Sierra Leone, a d'ailleurs échoué de justesse en 2026, Leijdekkers ayant renoncé à embarquer au dernier moment. L'auteur de l'enquête affirme toutefois l'avoir lui-même aperçu, escorté par des militaires jusqu'à un commissariat de Freetown, lors de son séjour sur place.