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Un anti-salon pour prolonger l'héritage des sœurs Nardal
Du 2 au 4 octobre 2026, la Maison des mondes africains accueille la première édition d'un rendez-vous annuel consacré aux pensées afro-féministe et antiraciste
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=GpSP9fBlj-U

(AfriquesPlus) - Du 2 au 4 octobre 2026, la Maison des mondes africains accueille la première édition d'un rendez-vous annuel consacré aux pensées afro-féministe et antiraciste. À sa tête, l'universitaire Maboula Soumahoro, qui assume une approche plus populaire et plus critique que celle du salon dont il s'inspire.

Un siècle après les soirées de Clamart, le nom des sœurs Nardal revient au cœur de la vie intellectuelle parisienne. Du vendredi 2 au dimanche 4 octobre, la Maison des mondes africains, qui fêtera son premier anniversaire le 4 octobre, lance N.A.R.D.A.L, sigle de « Nouvelles approches de recherche sur les dynamiques afrodiasporiques en liaison ». Invitée du Journal Afrique de TV5 Monde, Maboula Soumahoro, maîtresse de conférences en civilisation du monde anglophone à l'université de Tours et autrice de Le triangle et l'hexagone. Réflexions sur une identité noire, a présenté ce projet dont elle signe la première édition.

Les sœurs Nardal étaient sept, originaires de Martinique. Paulette, l'aînée, née en 1896, et Jeanne, dite Jane, se sont particulièrement illustrées à Paris dans l'entre-deux-guerres. Sorbonnardes, anglicistes, elles ont fait de la conscience noire le centre de leur engagement, entre revendications politiques et critique culturelle. Paulette Nardal avait ainsi écrit sur Joséphine Baker un article resté connu, et peu indulgent.

Avec l'écrivain René Maran, elles ont fondé La Revue du monde noir (1931-1932), publiée en français et en anglais pour relier les intellectuels noirs des Antilles, d'Afrique et des États-Unis. Leur salon de Clamart réunissait la diaspora noire de la capitale. Traductrices autant qu'hôtesses, elles y faisaient dialoguer des mondes noirs qui ne se parlaient guère. Le terme de « négritude » n'a été officiellement conceptualisé qu'en 1934 par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, fréquentateurs de ce salon. Longtemps oubliées, les sœurs Nardal ont retrouvé une place dans l'espace public : une promenade parisienne porte leur nom depuis 2019, et Paulette Nardal figurait parmi les dix statues du tableau « sororité » de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, en juillet 2024.

La Maison des mondes africains a proposé à Maboula Soumahoro d'ouvrir cette série annuelle. Elle a transformé la « carte blanche » en « carte noire », clin d'œil à la diaspora noire africaine. Selon elle, un siècle après les sœurs Nardal, celles-ci sont « digérées, ingérées » et font partie de l'héritage commun, ce qui autorise un regard « voire un peu critique ». L'anti-salon doit sortir du cadre de Clamart pour rendre la rencontre plus populaire, plus ouverte, moins élitiste et moins bourgeoise.

La soirée d'ouverture, le vendredi, sera consacrée à la lecture, en plusieurs langues, d'un manifeste écrit par Soumahoro, pour faire entendre la diversité linguistique de la diaspora. Suivront une fête avec DJ, un repas préparé notamment par le chef Alexandre Bella. Le lendemain, une conférence culinaire portera sur le poulet DG.

Interrogée sur la polémique autour de l'écrivain canado-haïtien accusé d'avoir écrit son roman avec l'intelligence artificielle, Maboula Soumahoro a précisé ne pas avoir lu l'ouvrage. Elle y voit un hommage à rendre à Haïti et l'écho d'une très ancienne question : celle de la légitimité et de l'autorité des auteurs noirs. Elle rappelle les soupçons visant Yambo Ouologuem en 1968, René Maran, ou la poétesse afro-américaine Phillis Wheatley, dont les capacités à écrire son recueil étaient déjà mises en doute à la fin du XVIIIe siècle, notamment par Thomas Jefferson.

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