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Briggs Bomba : « l’Afrique doit reprendre le contrôle de ses ressources »
À Dakar, le directeur des programmes de TrustAfrica appelle à dépasser les débats techniques sur la fiscalité pour s’attaquer aux mécanismes qui privent les États africains de ressources nécessaires à leur transformation économique
 

(AfriquesPlus) -  La lutte contre les flux financiers illicites et la justice fiscale doivent s’inscrire dans un objectif plus large de « libération économique » de l’Afrique, a soutenu mercredi 30 septembre 2026 à Dakar Briggs Bomba, directeur des programmes de TrustAfrica.

Prenant la parole à l’ouverture de la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité, il a appelé les participants à ne pas limiter leurs échanges aux instruments techniques et aux mécanismes administratifs destinés à combattre les fuites de capitaux et à améliorer les systèmes fiscaux.

« Notre agenda n’a jamais porté uniquement sur la fiscalité en tant que domaine technique. Il a toujours été question de savoir comment l’Afrique finance son développement, assure sa souveraineté et transforme la vie de ses populations », a-t-il déclaré.

Pour Briggs Bomba, les pertes liées aux flux financiers illicites, au service de la dette, aux déséquilibres des échanges commerciaux et à d’autres formes de fuite des richesses réduisent fortement les capacités des pays africains à financer leur développement et à améliorer les conditions de vie de leurs populations.

Il a ainsi invité les participants à inscrire leurs travaux dans une perspective politique plus large, en référence notamment aux interventions de Chenai Mukumba et de Ndongo Samba Sylla lors de la première journée de la conférence. « À ce moment particulièrement important pour l’Afrique et le monde, nos délibérations doivent être guidées par un engagement politique en faveur de la libération économique de notre continent », a-t-il affirmé.

Le responsable de TrustAfrica s’est appuyé sur la pensée de l’ancien président ghanéen Kwame Nkrumah, qui estimait que l’indépendance politique ne constituait que le début d’un combat plus difficile pour permettre aux peuples africains de maîtriser leurs affaires économiques et sociales. Pour Briggs Bomba, cette vision doit continuer à orienter les efforts en faveur de la justice fiscale, de la réforme de l’architecture financière internationale et d’une plus grande participation de l’Afrique à la gouvernance économique mondiale.

Il a également plaidé pour que ces réformes contribuent à faire évoluer les modèles économiques africains vers davantage de création de valeur, de réduction des inégalités, de protection de l’environnement et d’amélioration des conditions de vie.

Sur le financement du développement, Briggs Bomba a appelé à une approche qui ne se limite pas à la mobilisation de ressources supplémentaires. Il a cité les recettes issues des ressources naturelles, les financements de la diaspora, la philanthropie africaine, les fonds de pension et d’assurance, les mécanismes de financement innovants, les investissements directs étrangers et d’autres formes de capitaux.

« Le défi n’est pas simplement de mobiliser davantage d’argent. Il s’agit de faire en sorte que les conditions, la gouvernance, l’allocation et l’utilisation de ces ressources servent les priorités de l’Afrique », a-t-il souligné.

Il a résumé cette problématique par une série de questions : « Qui possède les richesses de l’Afrique ? Qui contrôle leur utilisation ? Qui supporte les risques ? Qui bénéficie des retours ? Et comment faire en sorte que les ressources de l’Afrique financent la transformation de l’Afrique ? »

Briggs Bomba a enfin relevé plusieurs évolutions qu’il considère comme des signes de mobilisation croissante du continent autour de ces questions, notamment les négociations en cours autour d’une convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale et la mise en place de l’Agence africaine de notation du crédit.

Selon lui, ces initiatives montrent que la mobilisation citoyenne, la recherche, l’organisation collective et la solidarité panafricaine peuvent contribuer à créer les conditions politiques nécessaires à l’évolution des institutions économiques.

La 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites et la fiscalité réunit à Dakar des représentants des pouvoirs publics, de la société civile, du monde de la recherche et des organisations engagées sur les questions de justice fiscale. La rencontre est organisée notamment par Tax Justice Network Africa, TrustAfrica, Forum Civil et CAJUST.

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