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Au FMI, l'Afrique pèse lourd dans les conseils mais peu dans les chèques
Plus d'un tiers de l'assistance technique de l'institution va au sud du Sahara, contre à peine 3 % des nouveaux financements. Ce déséquilibre se creuse au moment où l'aide au développement recule
 

(AfriquesPlus) - Sur les 191 pays membres du Fonds monétaire international, aucune région ne reçoit autant de conseils que l'Afrique subsaharienne. Le rapport annuel 2026 de l'institution, intitulé « Navigating a Precarious World », couvre l'exercice clos le 30 avril 2026. Il indique que 36 % de l'assistance technique du Fonds y a été déployée, sur un total de 400 millions de dollars. Aucune autre région n'atteint ce niveau. L'Asie-Pacifique arrive loin derrière avec 21 %.

Pour les crédits, en revanche, le continent reste en marge. Pendant l'exercice, le FMI a approuvé de nouveaux financements pour environ 29,2 milliards de droits de tirage spéciaux (DTS), soit 40 milliards de dollars répartis entre 18 pays. L'Afrique subsaharienne n'en reçoit que 877 millions de DTS, environ 1,2 milliard de dollars, soit 3 % du total. Les écarts sont considérables. Le Mexique obtient à lui seul une ligne de crédit flexible de 17,8 milliards de DTS, et l'Ukraine 5,9 milliards.

Le Tchad reçoit la plus grosse enveloppe africaine. Le FMI lui a accordé une facilité élargie de crédit de 455,7 millions de DTS, soit environ 625 millions de dollars. C'est le seul nouveau programme de ce type approuvé dans le monde au cours de l'exercice. Le Liberia suit avec 193,8 millions de DTS au titre de la facilité pour la résilience et la durabilité, un outil destiné aux réformes de long terme, notamment climatiques.

Le Burkina Faso (90,3 millions de DTS) et la Gambie (46,7 millions) bénéficient aussi de ce dernier instrument. Ils font partie des cinq pays qui y ont accédé pendant l'année, avec la Jordanie et le Pakistan. Le Niger, le Cap-Vert et Sao Tomé-et-Principe ont vu leurs programmes existants augmentés de montants plus modestes.

Le Sénégal ne figure pas parmi les pays ayant obtenu un nouveau financement pendant l'exercice. Il reste en revanche bénéficiaire de l'appui technique, par l'intermédiaire du centre régional AFRITAC Ouest, installé à Abidjan.

L'Afrique est aussi très présente dans le classement des bénéficiaires de l'assistance technique. La République démocratique du Congo est troisième, juste derrière l'Ukraine et le Sri Lanka. Le Ghana est quatrième, la Gambie cinquième, puis viennent l'Ouganda, le Liberia et le Kenya. Côté formation, le Cameroun se classe deuxième au monde, derrière l'Indonésie. Sur l'ensemble de l'exercice, 4 566 fonctionnaires africains ont suivi des formations du Fonds.

Moins d'aide, plus de pression budgétaire

Le rapport replace ces chiffres dans un contexte difficile. La guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février, a fait flamber les prix de l'énergie au moment où la dette publique mondiale était déjà proche de records. Parmi les pays importateurs d'énergie, ce sont « les pays à faible revenu » qui subissent « les pressions les plus fortes », note le FMI. En trois ans, les paiements d'intérêts sont passés d'environ 2 % à près de 3 % du PIB dans le monde.

Ces États doivent en plus faire face aux coupes dans l'aide publique au développement. Le Fonds présente son expertise en mobilisation des recettes fiscales comme une réponse, qui a selon lui contribué à compenser cette baisse.

Le rapport met en avant le Rwanda comme modèle. Le pays a enchaîné plusieurs programmes avec le FMI et a maintenu une croissance proche de 7 % malgré les chocs. Ses réformes sur la résilience ont été achevées six mois avant l'échéance prévue. Le Fonds cite aussi l'Éthiopie et l'Ouganda parmi les « bons élèves ». Il souligne que le défi de toute la région est de maintenir la croissance tout en reconstituant des marges de manœuvre.

Un dossier reste en suspens. L'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) est presque achevée, mais le Soudan n'a toujours pas atteint le point d'achèvement, alors qu'il a franchi le point de décision en 2021.

Le département Afrique a aussi changé de direction. Zeine Zeidane a succédé à Abebe Selassie le 4 mai 2026.

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