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Asmara redevient fréquentable
Sanctions américaines levées, discours d'ouverture, projet de réforme scolaire... l'Érythrée avance ses pions. Mais sa rupture diplomatique avec l'Éthiopie, la semaine dernière, rappelle que la peur d'Addis-Abeba commande tout
 

(AfriquesPlus) - Treize ans après avoir quitté la mer Rouge des radars occidentaux, l'Érythrée revient dans le jeu. Ce petit pays de moins de quatre millions d'habitants, l'un des plus fermés au monde, profite d'un contexte exceptionnel : la guerre en Iran et le quasi-blocage du détroit d'Ormuz.

Dans un reportage publié le 5 octobre 2026, Giulia Paravicini, de l'agence Reuters, raconte un État qui dit vouloir s'ouvrir aux investisseurs tout en maintenant sa jeunesse sous le régime du service national. L'agence a obtenu un accès rare au pays, où ses journalistes ont rencontré plusieurs responsables gouvernementaux et des dizaines d'Érythréens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

Avec 1 000 kilomètres de littoral sur la route maritime reliant la Méditerranée à l'Asie, l'Érythrée occupe une position que le conflit a rendue précieuse. Selon Giulia Paravicini, cette route s'est imposée comme une alternative à Ormuz, par où transitaient jusqu'ici les exportations d'énergie du Golfe. Les attaques des rebelles houthis, soutenus par l'Iran, contre des navires marchands ont par ailleurs fait des eaux érythréennes un corridor potentiellement plus sûr.

Murithi Mutiga, directeur du programme Afrique à l'International Crisis Group, le résume ainsi : « Il n'est pas étonnant que des puissances extérieures courtisent Asmara. »

Le mois dernier, Washington a levé les sanctions imposées à l'Érythrée en raison du rôle de son armée dans le conflit du Tigré, en Éthiopie, entre 2020 et 2022. Le département d'État a justifié la décision par la volonté de « faire avancer les intérêts régionaux des États-Unis ».

Les responsables rencontrés par Reuters tiennent un discours constant : l'Érythrée veut commercer et ouvrir son sous-sol, riche en or, en cuivre et en potasse, aux investisseurs.

Le face-à-face avec l'Éthiopie

Cette ouverture se heurte à une relation explosive avec l'Éthiopie. Addis-Abeba réclame un accès commercial et naval à la mer Rouge, notamment au port d'Assab, près de la frontière. Asmara redoute une tentative de prise par la force. Conseiller du Premier ministre éthiopien pour les affaires régionales, Getachew Reda assure que son pays n'a jamais menacé de recourir à la force et se dit prêt à un arrangement pacifique, comme un bail de longue durée sur l'usage des ports. Il accuse en retour l'Érythrée de financer des insurrections en Éthiopie, ce que le gouvernement érythréen nie.

La semaine dernière, les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques. Addis-Abeba a expulsé les diplomates érythréens, et Asmara a riposté.

Le camp de Sawa, installé dans le désert près de la frontière soudanaise, concentre les tensions. À Asmara, lors d'une séance d'information dans un ancien cinéma, Luna Ermias, 24 ans, y présente aux futurs élèves des photos d'étudiants en tenue de camouflage. « Cela apprend à compter sur soi », dit-elle à Reuters, en évoquant son passage en 2019.

Tous ne partagent pas cet enthousiasme. Muse, qui a demandé que son nom complet et son lieu de résidence ne soient pas divulgués, avait 17 ans quand il a choisi de fuir plutôt que de rejoindre Sawa. Intercepté avant la frontière éthiopienne, il dit avoir passé six mois en prison, puis avoir été affecté à l'armée à Assab. Il s'est évadé une seconde fois, a traversé le désert du Danakil et a payé plusieurs milliers de dollars à des passeurs, avec l'argent de proches installés à l'étranger. Reuters a consulté ses documents d'asile et recueilli le témoignage de trois membres de sa famille, sans pouvoir vérifier tous les éléments de son récit.

Selon l'ONU, plus de 679 000 Érythréens vivent en exil comme réfugiés ou demandeurs d'asile. Des ONG, dont Human Rights Watch, attribuent ces départs à la perspective d'un service obligatoire sans fin. Le gouvernement affirme qu'une partie des personnes recensées sont des ressortissants de pays voisins se faisant passer pour des Érythréens, et que les jeunes sont attirés à l'étranger par des incitations économiques, les regroupements familiaux et la générosité des politiques d'asile occidentales.

Ceux qui restent n'ont pas toujours le choix de leur voie. À Asmara, Reuters a rencontré un ingénieur mécanicien, admis à l'université grâce à d'excellents résultats à Sawa. Il rêvait de Mercedes-Benz ; il a été affecté comme mécanicien dans l'administration. « On n'étudie pas ce qu'on veut », confie-t-il. Avec environ 2 300 nakfas par mois (153 dollars), il estime impossible d'épargner de quoi financer un départ.

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