(AfriquesPlus) - « Nous sommes les soldats de l'information. » La formule est de Salif Sanogo, directeur de Tafouk TV, nouvelle télévision lancée en septembre depuis la capitale malienne. Dans un article du 4 octobre 2026, le journaliste du Financial Times Jacob Judah décrit une chaîne qui sert, selon lui, de pilier à un dispositif de communication financé par les trois pouvoirs militaires.
À l'écran, indique le quotidien britannique, se succèdent célébrations patriotiques, entretiens avec des officiers et des responsables, et reportages optimistes depuis le front. Un programme destiné, d'après Jacob Judah, à redorer l'image de régimes confrontés à la progression des groupes islamistes armés, après avoir chassé les forces françaises pour s'appuyer sur des paramilitaires russes.
Toujours selon le Financial Times, Russia Today, groupe public russe, a signé avec Tafouk TV un accord de coopération et de partage de contenus quelques mois avant le lancement.
La télévision émettra aux côtés de la Voix du Liptako, nouvelle radio commune basée à Ouagadougou, et une agence de presse doit être créée à Niamey avant la fin de l'année.
Pour Ibrahim Yahaya Ibrahim, analyste à l'International Crisis Group, cette offensive médiatique répond à une logique de guerre : « Plus ils subissent de revers sur le champ de bataille, plus ils veulent contrôler le récit. »
Le contrôle passe aussi par l'interdiction. Les trois pays ont suspendu les licences ou bloqué la diffusion de médias internationaux comme Radio France Internationale et France 24, rapporte Jacob Judah. Le militant des droits humains Alioune Tine, basé au Sénégal, juge la situation « catastrophique » et prévient que les journalistes indépendants risquent « la prison, l'exil ou l'enlèvement ».