(AfriquesPlus) - « C'était de l'or pour moi. » Michelle Adepoju se souvient du jour de 2020 où, dans les allées d'un marché de sa ville natale, Ondo, dans le sud-ouest du Nigeria, elle est tombée sur de vieilles pièces d'aso oke. Cette designer, installée entre Londres et Lagos, cherchait alors des tisserands pour sa jeune marque, Kílèntár. Elle y a trouvé bien plus, raconte Dal Chodha dans un article du Financial Times daté du 5 octobre 2026.
Tissé à la main par les Yoruba, l'aso oke se porte traditionnellement pour les grandes occasions. Michelle Adepoju a tout acheté, puis continué. Sa collection dépasse aujourd'hui 500 pièces, dont certaines remontent aux années 1940. Elle a d'abord recyclé ces étoffes en pantalons larges et en robes du soir, avant d'y renoncer en mesurant leur valeur pédagogique.
En décembre, elle a ouvert un espace de vente à Lagos. Ses pièces de prêt-à-porter y côtoient des panneaux muraux d'environ 2 m², vendus 8 000 livres sterling chacun avec un livret retraçant l'origine du textile.
Le marché secondaire, lui, tarde à suivre. Le négociant Alhaji Salami, qui a aidé la designer à constituer sa collection, y voit le résultat d'un savoir-faire resté confiné : « Les techniques de fabrication des textiles ici n'ont pas été partagées hors du pays. » Selon lui, de nombreux anciens tisserands ont disparu et « les Africains connaissent déjà cette histoire et ne la valorisent pas autant ».
Dans le monde académique de l'art africain, les textiles ont toujours fait figure de parent pauvre face aux masques et aux sculptures, souligne le marchand Duncan Clarke, fondateur d'Adire African Textiles. Les collectionneurs s'y intéressent peu, à l'exception du raphia kuba, qui « se glisse en marge du canon parce que Matisse l'aimait ».
Pour Alhaji Salami, la valeur de ces étoffes tient aussi aux croyances qui s'y attachent. « Les anciennes sont le vrai aso oke », affirme-t-il. Il évoque l'etu, dont le nom signifie « peur » en yoruba : « Nos ancêtres croyaient que, lorsqu'on a des tissus etu chez soi, ni maladie ni stress n'y entrent. »