(AfriquesPlus) - Sept mois après sa perte, Kidal est repassée sous contrôle de l’armée malienne. Elle l’annonce pour le 6 octobre, avec l’appui des forces russes d’Africa Corps. Selon Wassim Nasr, journaliste de France 24, cette reprise s’est faite sans affrontement : les combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont quitté la ville d’eux-mêmes. Ils l’avaient reprise le 25 avril, lors d’une offensive menée conjointement avec les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
« Il n’y a pas eu de combat », a indiqué Wassim Nasr sur France 24. Il relève un détail : le communiqué du FLA annonçant son départ est arrivé avant même l’annonce des autorités maliennes. Les premières images qui circulent ne montrent par ailleurs ni soldats maliens ni Russes, mais des miliciens du Gatia, des Touareg loyaux à Bamako.
Autre première, selon le journaliste : le communiqué officiel malien reconnaît l’implication d’Africa Corps, le partenaire russe, dans l’opération.
Wassim Nasr décrit une « ville fantôme », détruite à 90 %, châteaux d’eau et bâtiments officiels compris. L’eau y est acheminée de l’extérieur, ce qui rend la logistique très difficile, y compris pour les habitants.
D’après des sources haut placées au FLA citées par le journaliste, les rebelles n’ont jamais aligné plus de 40 véhicules en ville et aucun de leurs chefs n’y a dormi. Informés que les Maliens se préparaient, ils ont jugé militairement peu intéressant de tenir Kidal et se sont dispersés en plusieurs colonnes aux alentours. Des sources au sein du JNIM livrent un récit voisin et évoquent une campagne de drones de trois mois.
La reprise a été précédée, selon Wassim Nasr, d’une importante campagne de drones, dont des copies russes des Shahed utilisés en Ukraine. Des frappes ont visé Tinzaouaten et son marché d’or.
Le journaliste n’exclut pas que l’armée et les Russes poussent jusque-là, mais prévient : le coût humain pour les civils serait alors « très élevé », comme l’ont documenté, selon lui, les derniers rapports d’ONG et d’enquêteurs.
Pour Wassim Nasr, la valeur de Kidal est avant tout symbolique. C’est la ville de la rébellion touareg, et la reprendre fait partie du récit de Bamako depuis des années. La véritable prouesse militaire, estime-t-il, a été de tenir depuis l’été dernier dans les camps d’Anéfis et d’Aguelhok, d’où les forces maliennes se sont projetées pour reprendre la ville.
Le FLA et Bamako sont dans une logique étroite de contrôle territorial du Nord, explique Wassim Nasr. Le JNIM, lui, mène une guerre d’usure qui dépasse largement le Mali. Il concentre ses efforts dans le centre du pays, où il a pris le dessus sur l’armée lors de l’attaque du carrefour de Djenné le 24 septembre, après l’abandon par les forces maliennes de l’importante base de Dioura.
Les combats entre le JNIM et l’État islamique ont repris. Début septembre, l’État islamique a revendiqué la mort de 200 jihadistes du JNIM lors de la bataille de Ndaki. Wassim Nasr juge ce chiffre exagéré, mais note que le JNIM reconnaît sa défaite. Selon lui, les deux groupes y jouent leur survie, bien plus que dans leur affrontement avec les États sahéliens.