(AfriquesPlus) - Un passeport diplomatique ne fait pas un diplomate. Telle est, en substance, la décision rendue le 6 octobre par la justice sud-africaine dans l’affaire Kemi Seba, rapporte Matthieu Millecamps dans Jeune Afrique. Les juges ont estimé qu’aucun élément concret ne leur permettait de reconnaître à l’activiste le statut de diplomate accrédité en Afrique du Sud par le Niger, comme le demandaient ses avocats.
Pour le président de l’ONG « Urgences panafricanistes », de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, la décision constitue, écrit Jeune Afrique, un « sérieux revers » dans la procédure d’extradition lancée par le Bénin. Il ne pourra pas se prévaloir de la protection liée à ce statut. L’audience sur le fond de la demande est fixée au 20 novembre. Le procès avait été reporté le 23 septembre dans l’attente de l’examen de cette question.
Selon le magazine, Cotonou l’accuse d’« apologie de crime contre l’État », d’« incitation à la haine et à la violence » et d’« incitation à la rébellion ». Il lui est reproché d’avoir soutenu, dans des vidéos diffusées sur ses réseaux sociaux, les mutins de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 contre Patrice Talon, menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Un mandat d’arrêt béninois de juin 2025 le vise aussi pour des soupçons de « blanchiment de capitaux » et de « financement du terrorisme ». Ces deux dossiers sont suivis par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet).
Kemi Seba a été interpellé le 13 avril à Pretoria, rappelle Jeune Afrique, alors qu’il s’apprêtait à quitter clandestinement le pays où il vivait depuis des mois, son visa ayant expiré depuis plusieurs semaines. Les enquêteurs sud-africains affirment qu’il comptait gagner l’Europe, ce que l’intéressé a démenti à plusieurs reprises.
Né franco-béninois, Kemi Seba, 44 ans, a été déchu de sa nationalité française en juillet 2024. Il ne détient plus que la nationalité béninoise. En août 2024, le chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, l’a nommé « conseiller spécial » et lui a accordé un passeport diplomatique. Le 17 avril, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, avait confirmé que l’activiste est « détenteur d’un passeport diplomatique régulièrement attribué ».
Matthieu Millecamps pose la question : le Niger fera-t-il pression sur Pretoria pour éviter l’extradition vers Cotonou ? Elle se pose avec acuité, note-t-il, car Abdourahamane Oumarou, militant historique qui avait introduit Kemi Seba auprès de Tiani, a été nommé le 15 septembre ministre de la Refondation et de la Promotion des valeurs sociales.