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Abdul Malik al-Houthi, le chef invisible qui fait trembler le Moyen-Orient
À 31 ans, ce dirigeant sans fonction officielle, que peu de gens ont rencontré, préside aux destinées d’un mouvement armé devenu un acteur régional majeur
 

(AfriquesPlus) - Avril 2011. Le Yémen vacille au bord de la guerre civile et, dans une modeste maison du nord du pays, un jeune commandant attend, en tenue traditionnelle, un diplomate venu de l’étranger. Il n’en a jamais rencontré. Le visiteur est Jamal Benomar, alors envoyé spécial de l’ONU. Quinze ans plus tard, selon Veena Ali-Khan, qui retrace ce parcours dans une enquête publiée le 7 octobre par Bloomberg, cet homme est devenu l’une des figures les plus décisives et les plus énigmatiques de la région : Abdul Malik al-Houthi.

Benomar, qui affirme être le seul diplomate connu à l’avoir vu en personne, garde de lui un souvenir précis. « L’homme que vous rencontrez est un gentleman, il parle d’une voix douce, il est extrêmement poli », a-t-il confié à la journaliste de Bloomberg. Même lorsqu’un propos lui déplaît, ajoute-t-il, il ne coupe jamais la parole à son interlocuteur.

À l’époque, le mouvement houthi est largement ignoré. Selon Bloomberg, beaucoup le tenaient pour une milice de fortune, et peu de monde prêtait attention à cette rébellion du Nord alors que la place Tahrir de Sanaa réclamait la fin du règne du président Ali Abdullah Saleh.

L’ascension d’al-Houthi frappe d’autant plus que, d’après l’enquête, il a très peu vu le monde. Rien ne prouve qu’il se soit jamais rendu en Iran, ni même qu’il ait beaucoup parcouru son propre pays. Il ne détient aucun poste officiel dans l’administration houthie et n’apparaît guère qu’à travers des discours télévisés prononcés depuis un lieu tenu secret, à la manière du défunt chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Peu de gens savent où il vit.

Cet isolement s’est accentué avec la montée en puissance du mouvement. Maysaa Shuja al-Deen, chercheuse au Centre d’études stratégiques de Sanaa, le décrit comme « paranoïaque », peu enclin à faire confiance. Mohammed al-Bukhaiti, haut responsable houthi, y voit au contraire une nécessité sécuritaire après plusieurs tentatives d’assassinat.

Héritier d’un mouvement aux abois

Né en 1979 à Saada, province pauvre frontalière de l’Arabie saoudite, al-Houthi grandit dans une famille de religieux zaydites réputée. Son frère aîné, Hussein, prédicateur charismatique, pose les bases idéologiques du mouvement. Il est tué par les forces yéménites en septembre 2004, à l’issue de la première des six guerres menées contre le gouvernement de Saleh à Saada. Le mouvement se rassemble alors progressivement autour de son cadet, déjà réputé comme chef de combattants.

Selon Maysaa Shuja al-Deen, il n’a jamais acquis les titres religieux de son père ou de son frère, c’est sur le champ de bataille qu’il s’est fait un nom. Mohammed al-Bukhaiti souligne que ce qui le distinguait, c’était « sa capacité à gérer des situations difficiles, à gagner la confiance de son entourage et à démontrer son leadership dans la pratique ».

Le groupe qu’il avait hérité, en lutte pour sa survie dans le nord montagneux, contrôle aujourd’hui la capitale, Sanaa, ainsi que l’essentiel du nord et de la côte occidentale du pays, où vit environ 70 % de la population, d’après Bloomberg. Il perturbe le commerce mondial, ébranle les marchés de l’énergie et tire des missiles sur l’Arabie saoudite. En septembre, il a pris le contrôle d’un territoire surplombant Bab el-Mandeb, l’un des points de passage maritimes les plus stratégiques de la planète.

Un coût humain déjà lourd pèse sur la reprise des combats. Au moins 838 personnes ont été tuées et plus de 3 600 blessées depuis août, selon l’Organisation mondiale de la santé citée par Bloomberg.

Les Houthis sont souvent présentés comme un relais de Téhéran. Le lien, rappelle l’enquête, s’est pourtant tissé progressivement, d’abord par l’intermédiaire du Hezbollah, qui a servi de modèle. « Ils n’ont pas besoin d’être un mandataire s’ils partagent le même programme et les mêmes objectifs », explique Maysaa Shuja al-Deen. « L’Iran n’a pas besoin de leur donner des ordres. »

Pour la chercheuse, les ambitions du chef houthi ont grandi à mesure que son mouvement survivait aux campagnes successives. Il voit désormais ses troupes comme une force régionale capable de peser sur l’islam et sur le Moyen-Orient. « Ils ne se définissent pas comme un groupe local, mais comme un groupe révolutionnaire transnational », affirme-t-elle. Et de conclure : « Il regarde davantage vers La Mecque et Médine que vers Aden. »

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