(AfriquesPlus) - Le 14 septembre 2026, plus de 900 camions-citernes ont rejoint Bamako sous escorte militaire. Présentée par les autorités maliennes comme une opération réussie, cette arrivée illustre aussi la vulnérabilité des voies d’approvisionnement du pays. Dans une analyse d'African Arguments du 7 octobre 2026, le journaliste indépendant Hassane Sissoko examine le rôle réel d’Africa Corps, la force russe déployée au Mali, face au blocus imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Déclenché en septembre 2025, le blocus vise notamment l’axe routier reliant le Sénégal et la Côte d’Ivoire à Bamako, via la région de Kayes. Les attaques contre les convois ont détruit des centaines de camions-citernes, perturbant l’approvisionnement en carburant d’un pays qui importe environ 95 % de ses besoins. La reprise des opérations en avril 2026 a aggravé une situation déjà marquée par des pénuries et des difficultés économiques.
Dans ce contexte, Africa Corps, dont les effectifs sont estimés à environ un millier de personnes, assure principalement l’escorte des convois et la protection du pouvoir militaire. L’auteur souligne le décalage entre cette mission et le discours officiel qui présente les forces russes comme un instrument de lutte contre le terrorisme. Malgré leur présence et l’utilisation de drones turcs par l’armée malienne, les routes ne sont pas redevenues sûres : le carburant continue d’arriver, mais au prix d’une protection militaire permanente et d’un coût économique considérable.
Les conséquences dépassent les dépenses de l’État. Selon les sources citées par Hassane Sissoko, les périodes les plus difficiles ont été marquées par de longues files d’attente dans les stations-service, des restrictions sur la distribution du carburant, une réduction de l’éclairage public et des fermetures d’écoles. Le prix du carburant aurait également fortement augmenté, tandis que la crise affecte les activités quotidiennes des habitants de Bamako.
L’analyse met aussi en question la viabilité de ce dispositif. L’escorte de convois mobilise des véhicules, des soldats et du carburant, sans garantir durablement la sécurité des axes stratégiques. Pour les experts cités, la solution dépend davantage de la capacité des forces maliennes à reprendre le contrôle des territoires et des corridors d’approvisionnement que de la protection ponctuelle des camions.
Hassane Sissoko estime ainsi que la présence russe n’a ni levé le blocus ni rétabli une circulation normale. Un an après son instauration, l’arrivée de centaines de camions sous escorte témoigne moins d’un retour à la stabilité que de la persistance d’une crise logistique et sécuritaire. Pour l’auteur, l’épreuve du carburant révèle les limites d’une stratégie qui, malgré le soutien russe, ne parvient toujours pas à garantir librement l’approvisionnement de la capitale.