(AfriquesPlus) - Le poids de la dette continue de réduire les marges de manœuvre budgétaires des États africains, contraints de consacrer une part croissante de leurs ressources au paiement des intérêts plutôt qu’aux services publics et aux investissements. Dans une analyse publiée le 9 octobre 2026 dans le Financial Times, Simon Mundy examine les limites du système actuel de financement souverain et les pistes envisagées pour sortir durablement de cette impasse.
Le lancement de l’Agence africaine de notation de crédit, sous l’égide de l’Union africaine, marque une tentative de réponse aux critiques formulées par plusieurs gouvernements du continent contre les grandes agences internationales. Ces derniers estiment que leurs évaluations des risques sont parfois excessivement sévères et contribuent à renchérir leurs emprunts. La nouvelle institution entend proposer une appréciation plus objective des économies africaines, même si son impact sur le coût du financement reste incertain.
L’ampleur du problème est néanmoins manifeste. Selon les données d’ONU Commerce et Développement citées par l’auteur, les paiements nets d’intérêts ont représenté 15,7 % des recettes publiques de l’Afrique subsaharienne en 2025, soit plus du double de la moyenne des pays en développement hors Chine. Entre 2020 et 2024, le coût moyen des emprunts des pays africains a presque doublé, d’après une analyse des données de la Banque mondiale réalisée par des chercheurs de l’organisation ONE Campaign. Cette pression limite les dépenses consacrées notamment à la santé et à l’éducation, alors que la baisse de l’aide internationale et les tensions sur les marchés de l’énergie aggravent les difficultés budgétaires.
Face à cette situation, Simon Mundy présente une proposition élaborée par des chercheurs du Center for Global Development et de la Fondation Rockefeller : un « réajustement en faveur de la croissance et de l’investissement ». Le mécanisme viserait les pays dont la dette reste soutenable à long terme, mais qui rencontrent des difficultés immédiates de liquidités. Il reposerait sur un soutien accru du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, notamment à travers des garanties facilitant le refinancement des emprunts à des conditions moins coûteuses.
L’objectif serait de dépasser les opérations de sauvetage ponctuelles pour soutenir des investissements productifs susceptibles de stimuler durablement la croissance. Les États participants devraient présenter des plans d’investissement crédibles, tandis que les créanciers bilatéraux seraient appelés à maintenir leur exposition financière pendant la durée du programme.
L’auteur souligne que la réforme ne peut se limiter à la création d’une agence de notation africaine. La question de la dette exige une transformation plus large de l’architecture financière internationale et une coordination renforcée entre les pays emprunteurs. Une plateforme soutenue par les Nations unies doit justement permettre aux pays en développement de mieux coordonner leurs positions et de peser davantage dans les discussions sur les règles du financement mondial.