(AfriquesPlus) - « Il n’y a pas de réformateurs dans toute la liste, du moins pas ceux que les États-Unis voudraient. » C’est ainsi qu’un responsable de l’administration américaine résume la position de Washington sur la course à la tête des Nations unies. Selon Daniella Cheslow, qui révèle l’information dans Politico du 10 octobre, l’administration Trump s’oppose à l’ensemble des candidats actuels, qu’elle estime insuffisamment en phase avec la vision du président et son désir de changements radicaux au sein de l’organisation. La journaliste cite deux sources au fait des discussions internes, qui ont obtenu l’anonymat.
Les États-Unis, comme les autres membres permanents du Conseil de sécurité, peuvent opposer leur veto à n’importe quel prétendant. Le champ compte sept candidats, pour l’essentiel des diplomates de carrière, parmi lesquels l’ancienne vice-présidente costaricaine Rebeca Grynspan arrive régulièrement en tête des sondages, rapporte Politico.
Pour un responsable du département d’État cité par le média, « un initié de carrière n’est pas forcément la bonne personne pour diriger » l’institution. Washington recherche, dit-il, « un peu un perturbateur ». Interrogé par le journal, le département d’État n’a pas commenté les candidatures, mais a affirmé que les États-Unis « ne soutiendront qu’un candidat qui montre un engagement inébranlable à mener une réforme significative ».
Un collaborateur républicain, cité par Daniella Cheslow, juge Rebeca Grynspan trop critique envers Israël et trop clémente envers la Chine. « Si nous obtenons quelqu’un comme Grynspan, bonne chance pour trouver un seul républicain qui soutienne le financement du budget ordinaire de l’ONU », avertit-il.
John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU devenu critique de Donald Trump, avance une lecture plus cynique. Selon lui, l’administration pourrait ne pas s’opposer à ce que le poste reste vacant un temps. Sans véritable secrétaire général, explique-t-il, le secrétariat n’aurait pas à sa tête un dirigeant respecté au niveau des chefs d’État, ce qui affaiblirait davantage la position de l’organisation. Le journal précise que ce mandat de Antonio Guterres s’achève à la fin de l’année et pourrait être prolongé si aucun successeur n’est désigné.
Le Conseil de sécurité doit tenir un nouveau vote indicatif le 16 octobre. Les cinq membres permanents pourraient alors recourir à des bulletins de couleur pour encourager ou décourager une candidature. Brett Schaefer, chercheur à l’American Enterprise Institute, explique à Politico que de tels signaux indiquent généralement aux candidats que leurs perspectives sont sombres, et que la plupart se retirent après un ou plusieurs avis défavorables. Si tous les prétendants essuyaient un veto d’un membre permanent, dit-il, « je m’attendrais à ce que d’autres candidats se manifestent ».