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Nigeria, le FMI et le gouvernement reconnaissent le coût social des réformes
Alors que le FMI prévoit une croissance de 4,2 % en 2026, la hausse du coût de la vie continue de peser sur les ménages nigérians. Les autorités reconnaissent les effets douloureux des réformes et la nécessité de mieux répartir leurs bénéfices.
 

(AfriquesPlus) - Malgré des perspectives de croissance en amélioration, de nombreux Nigérians continuent de subir la hausse des prix alimentaires et énergétiques ainsi que la persistance de la pauvreté. Face à ce décalage entre les indicateurs macroéconomiques et le quotidien des ménages, le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement fédéral appellent à mieux concilier stabilité économique, protection des populations vulnérables et relance de l’activité.

Dans un article publié le 14 octobre 2026, le quotidien nigérian The Guardian, sous la plume de Geoff Iyatse, rapporte que le FMI a relevé sa prévision de croissance pour le Nigeria à 4,2 % en 2026, soit une hausse de 0,1 point de pourcentage, et table sur une progression de 4,3 % en 2027. Cette amélioration des perspectives ne signifie toutefois pas que les bénéfices de la croissance profitent suffisamment à l’ensemble de la population.

Lors des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, en Thaïlande, Deniz Igan, responsable de division au département des études du FMI, a insisté sur la nécessité de répondre aux besoins immédiats des ménages, notamment en matière de sécurité alimentaire et énergétique, tout en préservant la stabilité budgétaire à moyen terme. Elle a souligné que les prix des denrées alimentaires et de l’énergie avaient augmenté de manière disproportionnée, aggravant les difficultés des populations.

Le Fonds préconise notamment des aides temporaires et ciblées aux revenus ainsi que des transferts monétaires en faveur des ménages les plus vulnérables. Ces mesures devraient contribuer à atténuer les effets de la pauvreté et à améliorer l’accès à l’alimentation, sans compromettre la soutenabilité des finances publiques. Le FMI insiste également sur la nécessité d’améliorer la qualité des dépenses publiques et de renforcer la mobilisation des recettes.

Du côté du gouvernement nigérian, le ministre des Finances et ministre chargé de la Coordination de l’économie, Taiwo Oyedele, a reconnu les difficultés engendrées par les réformes engagées depuis l’arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu en mai 2023. Il a notamment admis que le calendrier de la suppression des subventions sur les carburants et de la libéralisation du marché des changes avait été trop rapide, contribuant à accentuer les tensions sur les prix.

La suppression de la subvention à l’essence, annoncée lors de l’investiture de Bola Tinubu, avait entraîné une forte hausse des prix à la pompe. Quelques semaines plus tard, la libéralisation du marché des changes par la Banque centrale du Nigeria avait provoqué une dépréciation de plus de 40 % du naira sur le marché officiel réformé, avec des répercussions sur le coût des carburants et d’autres biens et services.

Taiwo Oyedele a néanmoins défendu la nécessité de mener les réformes jusqu’au bout. Selon lui, une mise en œuvre partielle risque d’imposer aux populations le coût des ajustements sans permettre au pays d’en tirer les bénéfices attendus. Le ministre a également affirmé que le gouvernement fédéral avait apporté un soutien à plus de dix millions de Nigérians vulnérables.

Lors de deux interventions distinctes, le responsable a présenté l’expérience nigériane comme une source d’enseignements pour les autres pays africains, notamment sur la conduite des politiques économiques et la communication avec les populations. Il a toutefois mis en garde contre l’imposition de nouvelles taxes ou l’alourdissement de la pression fiscale sur les ménages vulnérables et les secteurs productifs, dans un contexte où le coût de la vie demeure élevé.

Le ministre a plutôt appelé les gouvernements à rechercher des économies dans leurs dépenses et à identifier de nouvelles sources de recettes. Il a également défendu le recours à l’endettement pour financer le développement, à condition que les emprunts soutiennent les infrastructures, la création d’emplois et une croissance plus inclusive.

Cette approche rejoint la position d’Iyabo Masha, directrice du Groupe intergouvernemental des Vingt-Quatre (G24) sur les affaires monétaires et le développement, qui estime que la stabilité macroéconomique constitue un préalable à la croissance structurelle. Le défi reste toutefois de transformer cette stabilité en améliorations concrètes pour les ménages, alors que la pauvreté demeure élevée malgré la progression de l’activité économique.

L’objectif de porter l’économie nigériane à 1 000 milliards de dollars reste par ailleurs difficile à atteindre. Selon les calculs rapportés par The Guardian, à partir d’un produit intérieur brut nominal estimé à 377 milliards de dollars, le pays devrait enregistrer une croissance annuelle proche de 22 % pendant cinq ans, en supposant que la valeur du naira par rapport au dollar reste stable. Une nouvelle dépréciation de la monnaie rendrait cet objectif encore plus exigeant.

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