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Cameroun anglophone, dix ans d’une guerre qui s’enlise dans l’oubli
Née d’une grève d’avocats et d’enseignants en octobre 2016, la « crise anglophone » a fait plus de 6 000 morts selon les dernières estimations disponibles. Aucune sortie de crise n’est en vue
 

(AfriquesPlus) - « Ce mois est toujours sensible, les séparatistes le considèrent comme leur jour d’indépendance et multiplient les opérations, tout comme les forces de sécurité. » Chaque mois d’octobre depuis dix ans, la même flambée de violence, explique Charlie, un trentenaire originaire du Nord-Ouest cité par Driss Rejichi dans un article publié le 12 octobre 2026 par Afrique XXI.

En 2023, l’International Crisis Group évaluait le nombre de morts à « plus de 6 000 ». Le chiffre a pu évoluer depuis, les violences n’ayant pas ralenti, souligne Afrique XXI. Le HCR recense 493 000 déplacés internes dans les deux régions anglophones. Le conflit, peu documenté, est largement tombé dans l’oubli.

Tout commence le 6 octobre 2016, lorsque avocats et enseignants se mettent en grève contre la nomination de juges francophones et l’érosion de la common law. Les manifestations sont réprimées et leurs meneurs arrêtés début 2017. Pour l’avocat Felix Agbor Balla, l’un d’eux, cette « censure d’un leadership pacifique » a « ouvert un terreau fertile aux voix les plus radicales ». L’indépendance de l’« Ambazonie » est proclamée le 1er octobre 2017. Les initiatives de désescalade, dont le « grand dialogue national » de 2019, ont eu peu de succès, et les autorités privilégient la voie militaire.

En 2026, plusieurs dizaines de cellules séparatistes restent actives. Chaque lundi, depuis 2017, elles imposent des « villes mortes ». « Pour les familles, ce n’est pas juste un jour de perdu, c’est aussi de l’argent en moins, une scolarité interrompue [...] et la peur d’être pris entre deux feux », confie Charlie. L’armée est, elle aussi, accusée par plusieurs ONG de violences contre les civils, dont le massacre de 23 personnes à Ngarbuh en février 2020. Ni le gouvernement ni le ministère de la Défense n’ont répondu à Afrique XXI.

Pour Felix Agbor Balla, « il faut que toutes les parties rendent des comptes », et le dialogue doit porter sur « toutes les options constitutionnelles et politiques, y compris le fédéralisme ». Des solutions pour l’instant impossibles, conclut Afrique XXI, Paul Biya, 93 ans, ayant fait de l’autoritarisme et de l’État unitaire le ciment de son régime.

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