Les compagnies aériennes africaines veulent parler d’une seule voix face à la multiplication des dispositifs de collecte et de traitement des données des voyageurs. L’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA), l’Association des compagnies aériennes d’Afrique australe (AASA) et l’Association du transport aérien international (IATA) appellent les gouvernements du continent à harmoniser leurs systèmes d’information préalable sur les voyageurs (API) et de dossier passager (PNR), conformément aux standards internationaux.
Ces dispositifs permettent aux autorités d’accéder, avant même le départ ou l’arrivée d’un vol, à différentes informations concernant les passagers. Pour les organisations du secteur, leur utilisation peut contribuer au renforcement de la sécurité des frontières, à la lutte contre la criminalité et à l’amélioration des contrôles migratoires. Mais leur déploiement doit, selon elles, s’effectuer dans un cadre commun afin d’éviter une fragmentation des pratiques à travers le continent.
Dans une déclaration commune publiée le 30 juillet 2026, l’AFRAA, l’AASA et l’IATA réaffirment ainsi leur soutien au recours aux données des passagers, tout en demandant aux États de respecter les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Elles insistent notamment sur la nécessité de disposer de bases juridiques précises définissant les données pouvant être collectées, leur durée de conservation et les conditions de leur utilisation.
Les organisations demandent également que les informations recueillies soient limitées à ce qui est strictement nécessaire et utilisées uniquement pour des objectifs clairement définis, notamment le contrôle aux frontières, la sûreté, l’application de la loi ou encore la prévention des crimes graves. Une telle approche doit, selon elles, permettre de concilier les impératifs de sécurité avec la protection des données personnelles des voyageurs.
Autre préoccupation majeure : la multiplication des formats et des procédures imposés par les différents pays. Pour les compagnies aériennes, devoir se conformer à une succession de dispositifs nationaux différents risque d’accroître la complexité administrative et les coûts opérationnels. L’AFRAA, l’AASA et l’IATA plaident donc pour une harmonisation des formats et des exigences afin de faciliter la circulation aérienne entre les pays africains.
La question du financement constitue toutefois le principal point de tension. Les trois organisations refusent que les gouvernements fassent supporter aux compagnies aériennes ou aux passagers les coûts liés à leurs programmes de sécurité aux frontières. Elles estiment que cette mission relève d’abord de la responsabilité des États et que l’instauration de nouvelles redevances pourrait entraîner une hausse du coût des billets et pénaliser davantage la connectivité aérienne du continent.
Derrière cette revendication se joue donc un enjeu plus large : celui du développement du transport aérien intra-africain. Alors que les États cherchent à renforcer les échanges et la mobilité sur le continent, les compagnies redoutent que la multiplication des contraintes administratives et financières ne freine cette dynamique. Elles appellent ainsi à une approche commune permettant de renforcer la sécurité sans créer de coûts et de procédures supplémentaires jugés inutiles.
Cette position intervient alors que le transport aérien constitue un élément essentiel de l’intégration économique africaine. L’IATA représente plus de 370 compagnies aériennes, tandis que l’AFRAA indique regrouper des transporteurs représentant plus de 85 % du trafic international des compagnies africaines. Pour ces acteurs, l’harmonisation des systèmes API et PNR apparaît donc comme un enjeu à la fois sécuritaire, économique et stratégique pour l’avenir de la mobilité aérienne sur le continent.